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Air Sénégal : entre annonces triomphales et scandales internes, la compagnie nationale dans la tourmente


Par Idriss K. Sow — Publié le 5 octobre 2025 à 13h12

Alors qu’Air Sénégal célébrait, le 3 octobre, le renforcement imminent de sa flotte, un audit interne confidentiel vient jeter une ombre sur cette communication optimiste. Le document, consulté par L’Observateur, révèle de graves irrégularités dans la vente de billets, relançant le débat sur la gouvernance d’une compagnie déjà fragilisée par des dettes colossales et une série de scandales financiers.

Des annonces ambitieuses face à une réalité troublante

Ce vendredi 3 octobre 2025, la compagnie nationale sénégalaise affichait sa confiance en annonçant l’arrivée prochaine d’un troisième Airbus A320, la remise en service d’un ATR 72-600 et la réception d’un nouvel appareil L410-NG avant la fin de l’année. Objectif affiché : « répondre à la demande croissante de mobilité sur le continent ».

Mais derrière ce discours volontariste, un tout autre visage se dessine. Selon un audit interne daté du 27 mars 2025, transmis récemment à la direction générale, des employés auraient manipulé manuellement les tarifs et montants de billets enregistrés dans le système de réservation Amadeus, afin de détourner des recettes.

Plusieurs agents sont cités dans le rapport. Certains auraient déjà conclu un accord à l’amiable avec la compagnie, tandis que d’autres contestent les montants en jeu. Ce nouveau scandale place la direction face à un impératif de transparence, dans un contexte où la situation financière d’Air Sénégal est déjà préoccupante.

Une dette abyssale et des pertes persistantes

Depuis plusieurs années, la compagnie nationale accumule les déficits. En janvier 2025, son directeur général Tidiane Ndiaye reconnaissait une dette dépassant les 100 milliards de francs CFA, pour un capital social de seulement 40 milliards. D’autres estimations, plus alarmantes, évoquent un endettement réel cinq fois supérieur, avoisinant les 500 milliards.

Malgré plus de 275 millions d’euros injectés par l’État depuis 2018, Air Sénégal reste dans le rouge. Les pertes se creusent, les créanciers s’impatientent, et la compagnie peine à restaurer la confiance des passagers.

Le différend avec Carlyle et le scandale des avions fantômes

Le bras de fer avec Carlyle Aviation Partners, le loueur américain, illustre l’ampleur de la crise. En juin 2025, ce dernier a repris quatre appareils (deux A319 et deux A321) pour impayés et manquements d’entretien, alors que plus de 57 milliards de francs CFA avaient déjà été versés depuis 2018.

En janvier 2025, le conflit s’est aggravé : Carlyle a refusé de remettre les documents nécessaires au renouvellement de l’immatriculation des avions, paralysant une partie de la flotte. Résultat : des centaines de passagers bloqués et des vols annulés en série.

Autre dossier embarrassant : celui des cinq avions L410NG, acquis par l’État sous l’ancien régime et transférés à Air Sénégal pour un franc symbolique. Deux d’entre eux dorment depuis plus de deux ans dans un hangar de l’aéroport militaire de Yoff. Aucun n’a été exploité, faute d’étude de rentabilité ou de personnel formé.

Conflits d’intérêts et soupçons persistants

Le directeur général Tidiane Ndiaye, en poste depuis août 2024, est lui-même visé par des accusations de conflit d’intérêts. Sa société privée, Iris, représente plusieurs compagnies concurrentes d’Air Sénégal, dont Air Ivoire et Flynas. Or, cette dernière figure parmi les entreprises avec lesquelles Air Sénégal envisagerait de louer des appareils, alors que la compagnie dispose déjà de ses propres avions long-courriers en maintenance.

Ces zones d’ombre ajoutent à la confusion et alimentent les critiques sur la gouvernance interne.

Passagers mécontents, promesses gouvernementales

Sur le terrain, les passagers continuent de subir retards, annulations et pertes de bagages. En août 2025, près de 300 voyageurs sont restés bloqués pendant deux jours à Roissy-Charles-de-Gaulle. Sur les réseaux sociaux, les plaintes s’accumulent : comportements irrespectueux du personnel, manque d’informations, et absence de compensation.

Face à cette dégradation, le gouvernement a tenté de réagir. En avril dernier, le Premier ministre Ousmane Sonko a réuni plusieurs ministres autour d’un plan de redressement : apurement des dettes, audit global, recapitalisation, et création d’une filiale Air Sénégal Express dédiée aux vols intérieurs. Mais à ce jour, peu de résultats concrets ont suivi.

Entre communication et crise structurelle

La stratégie de communication triomphante adoptée par Air Sénégal peine à masquer une situation interne alarmante. Avec un ratio de 152 employés par avion opérationnel — contre une moyenne internationale de 10 à 15 — et un taux de régularité des vols plafonnant à 35 %, la compagnie fait face à un défi de restructuration majeur.

« Si l’État n’intervient pas, la faillite est inévitable », reconnaissait un cadre de la compagnie en janvier dernier.

Reste à savoir si le gouvernement continuera à soutenir à coups de milliards une entreprise structurellement déficitaire, ou s’il acceptera d’envisager une refondation complète du pavillon national. Entre espoirs de redressement et scandales à répétition, Air Sénégal reste suspendue entre ciel et turbulence.

 

Source: Afrik.Com

Haoua Sangaré

 LETJIKAN


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