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Algérie : la traque des fonds détournés post-Bouteflika se poursuit avec succès


Alger, décembre 2025 — Depuis la chute du régime de Abdelaziz Bouteflika en 2019, l’Algérie a engagé une opération d’envergure pour récupérer les fortunes colossales détournées par l’ancienne élite politico-financière. Selon les autorités, près de 30 milliards de dollars ont déjà été rapatriés, et la traque se poursuit, y compris dans les paradis fiscaux.

Un chantier historique post-Hirak

Lancée après le Hirak de 2019 et l’effondrement de l’ancien régime, cette opération vise à récupérer l’argent du peuple algérien dispersé à travers le monde, des Îles Vierges britanniques aux coffres suisses, en passant par des biens immobiliers et entreprises à Paris et en Espagne.

Les procès spectaculaires qui ont suivi la chute du régime ont mis en lumière l’ampleur de la corruption. Anciens Premiers ministres, ministres et hommes d’affaires influents tels que Ahmed Ouyahia, Abdelmalek Sellal, les frères Kouninef, Ali Haddad ou Mahieddine Tahkout ont été condamnés à de lourdes peines de prison. Mais si les responsables sont derrière les barreaux, leurs fortunes restent souvent à l’étranger.

Le président Abdelmadjid Tebboune a fait du recouvrement de ces fonds une priorité de son mandat. « À ce jour, nous avons pu récupérer plus de 30 milliards de dollars et ce n’est pas terminé », a-t-il déclaré récemment, précisant que ce chiffre inclut la valeur estimée de biens immobiliers et d’entreprises, en plus des avoirs financiers rapatriés.

 

Une stratégie judiciaire et diplomatique renforcée

Dans un premier temps, l’Algérie a opté pour une approche judiciaire frontale, multipliant les commissions rogatoires internationales pour identifier et saisir les avoirs mal acquis. En 2021, le président Tebboune a créé le « Fonds des avoirs et biens confisqués ou récupérés dans le cadre des affaires de lutte contre la corruption », destiné à centraliser et gérer les fonds rapatriés.

Cependant, cette stratégie a rencontré plusieurs obstacles : la nécessité de double incrimination pour les saisies internationales, la protection juridique offerte par les pays occidentaux et la complexité administrative de liquidation des biens saisis. Les fonds sont souvent dissimulés via des sociétés écrans dans des juridictions offshore, retardant les procédures.

Vers une approche pragmatique et transactionnelle

Face à ces difficultés, Alger a récemment adopté une approche plus pragmatique. Une réforme du Code de procédure pénale permet désormais des accords à l’amiable avec les personnes condamnées, autorisant la restitution des biens en échange d’une suspension des poursuites.

Sur le plan international, la coopération avec l’Europe s’intensifie. L’Espagne a récemment restitué l’hôtel El Palace de Barcelone, acquis par l’oligarque Ali Haddad en 2011, au Fonds national d’investissement algérien. D’autres biens sont ciblés en France, en Suisse et au Luxembourg, tandis que des mécanismes internationaux de lutte contre le blanchiment facilitent la transmission d’informations.

Des résultats tangibles mais encore partiels

Sur le plan national, plusieurs entreprises et biens immobiliers confisqués ont été intégrés dans des holdings publiques et remis en production. À l’étranger, le processus est plus long, mais des avancées sont notables, comme le gel des avoirs d’Abdeslam Bouchouareb en Suisse, malgré le refus d’extradition en France.

Si l’Algérie ne récupérera probablement pas l’intégralité de ses avoirs, cette opération a une forte portée symbolique : elle marque la fin de l’impunité transfrontalière et envoie un message clair aux générations futures de dirigeants. Le temps de l’argent mal acquis à l’abri derrière des frontières s’achève.

 

Source : Afrik.Com

 

Haoua SANGARÉ

LETJIKAN

 

 


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