Algérie–Portugal : Saïd Moussi, l’architecte d’un partenariat en pleine mutation
- 31 mars
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Lisbonne — Loin de se limiter à une relation historique empreinte de symboles, la coopération entre l’Algérie et le Portugal connaît une transformation progressive, portée par une approche stratégique et multidimensionnelle. À la manœuvre, l’ambassadeur d’Algérie à Lisbonne, Saïd Moussi, déploie une méthode articulée autour de résultats concrets, mêlant diplomatie économique, énergétique, parlementaire et mémorielle.
Un profil calibré pour une mission stratégique
Saïd Moussi n’est pas un diplomate de circonstance. Avant sa nomination au Portugal, il a représenté l’Algérie auprès de l’UNESCO, après des passages remarqués à Paris et Madrid, deux capitales clés pour la diplomatie algérienne en Europe. Ce parcours lui confère une maîtrise fine des circuits institutionnels et des leviers d’influence.
À Lisbonne, il s’inscrit dans une logique proactive : il ne s’agit plus seulement d’entretenir des relations bilatérales, mais de les structurer et de les inscrire dans des dynamiques opérationnelles. Dans une interview accordée à la radio portugaise TSF en octobre 2025, il résumait cette ambition : « l’Algérie ne doit pas vivre de son histoire seule, elle doit produire des résultats ».
Tout en rappelant les racines anciennes de la relation, notamment le traité de paix et d’amitié de 1813, Moussi privilégie une approche tournée vers l’avenir, centrée sur l’investissement, la technologie et l’énergie.
L’économie comme levier central
Cette orientation s’est concrétisée dès le 4 avril 2025, lors d’une rencontre avec la Confédération des entreprises du Portugal (CIP). L’objectif : rapprocher les milieux d’affaires des deux pays autour de projets tangibles.
Les discussions ont permis d’identifier plusieurs secteurs à fort potentiel, dont la construction, les énergies renouvelables, les technologies, la santé, l’eau et l’économie maritime. La CIP considère désormais l’Algérie comme un marché stratégique en pleine évolution.
Au-delà des chiffres — plus d’un milliard d’euros d’échanges commerciaux —, l’enjeu est désormais qualitatif : structurer les flux, diversifier les acteurs et favoriser une implication accrue des entreprises portugaises dans le marché algérien.
L’énergie, pilier d’une coopération durable
Un tournant décisif a été franchi le 15 mai 2025 avec la signature de deux mémorandums d’entente entre l’ERSE, régulateur portugais de l’énergie, et ses homologues algériens, l’ARH et la CREG.
Cet accord repose sur trois axes majeurs : le partage d’expertise en régulation énergétique, le renforcement des capacités institutionnelles et l’accompagnement de la transition vers des énergies plus durables.
La présence active de Saïd Moussi lors de cette signature a été déterminante, conférant à cet accord technique une portée politique claire. Pour Lisbonne comme pour Alger, il s’agit désormais d’un socle structurant de la coopération bilatérale, notamment dans un contexte où la sécurité énergétique et les énergies renouvelables occupent une place stratégique.
Diplomatie parlementaire et mémoire partagée
Parallèlement aux volets économique et énergétique, l’ambassadeur algérien a investi le champ politique portugais. À l’automne 2025, plusieurs rencontres ont été organisées avec des acteurs clés, dont José Cesário, président de la commission des Affaires étrangères du Parlement portugais.
En mobilisant également la mémoire historique, notamment les liens entre l’Algérie et les figures de la résistance démocratique portugaise, Moussi donne une profondeur politique à la relation bilatérale. Les interactions avec des institutions comme la Fondation Mário Soares et Maria Barroso illustrent cette volonté d’inscrire la coopération dans un socle de valeurs partagées.
La diaspora, relais stratégique
La dimension humaine n’est pas en reste. Le 8 mars 2026, à Porto, l’ambassade a organisé un iftar en hommage aux femmes algériennes vivant au Portugal, en présence de représentants locaux.
Au-delà du symbole, cette initiative participe à une stratégie plus large : valoriser la diaspora comme acteur de la relation bilatérale, renforcer sa visibilité et en faire un pont entre les deux sociétés.
Une diplomatie de réseau et d’impact
Au final, l’action de Saïd Moussi s’apparente à une reconfiguration en profondeur des relations algéro-portugaises. Sa méthode repose sur une articulation cohérente entre économie, institutions, politique et société.
L’objectif est clair : transformer une relation historique en un partenariat structuré, résilient et mesurable. En tissant des liens à tous les niveaux — gouvernements, régulateurs, entreprises, parlementaires et citoyens —, l’ambassadeur algérien s’impose comme un véritable architecte de connexions.
À Lisbonne, l’Algérie ne se contente plus d’être présente : elle s’inscrit durablement dans les circuits décisionnels et économiques du pays. Une évolution qui pourrait, à terme, redéfinir en profondeur la place d’Alger dans l’espace européen.
Source: Afrik.Com
Haoua SANGARÉ
LETJIKAN




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