Cameroun : la diaspora, un levier économique majeur encore sous-exploité Par Sob Amyn Fouejeu
- 10 janv.
- 3 min de lecture

Avec plus de 6 millions de ressortissants établis à l’étranger — soit près de 15 % de la population nationale — la diaspora camerounaise s’impose aujourd’hui comme l’un des piliers silencieux de l’économie nationale. Loin de se limiter à un rôle de soutien familial, ses transferts financiers rivalisent désormais avec les appuis budgétaires des grandes institutions internationales, sans pour autant générer de dette publique.
Une présence mondiale et un capital humain stratégique
La diaspora camerounaise est principalement concentrée en Europe (France, Allemagne) et en Amérique du Nord. Depuis 2024, le Canada — notamment le Québec — connaît une progression fulgurante des flux migratoires camerounais, au point de devenir le premier pays d’accueil de nouveaux résidents permanents camerounais.
Cette communauté se caractérise par un fort niveau de qualification : cadres, entrepreneurs, ingénieurs et professionnels de santé constituent une part significative de ces expatriés, faisant de la diaspora un réservoir de compétences stratégiques pour le développement national.
1 600 milliards de FCFA injectés en cinq ans
Entre 2021 et 2025, les transferts de fonds officiels de la diaspora ont connu une progression constante. En 2024, ils ont atteint 603 millions de dollars (environ 362 milliards de FCFA), contre 525 millions de dollars en 2022.
Sur l’ensemble de la période quinquennale, le volume total des fonds transférés est estimé à près de 1 600 milliards de FCFA via les circuits officiels.
Rapportés au produit intérieur brut, ces flux représentent entre 1,1 % et 1,57 % du PIB national. Au-delà de leur poids macroéconomique, ils jouent un rôle social déterminant, constituant le principal filet de sécurité pour de nombreux ménages, en finançant directement les dépenses de santé, d’éducation et de consommation courante.
Diaspora et FMI : une comparaison révélatrice
La mise en perspective avec les appuis institutionnels internationaux est éloquente. Sur la même période de cinq ans, le Fonds monétaire international (FMI) a injecté environ 570 milliards de FCFA dans l’économie camerounaise sous forme d’appuis budgétaires.
Ainsi, les transferts de la diaspora ont été près de trois fois supérieurs à ceux du FMI (1 600 milliards contre 570 milliards de FCFA).
La différence est aussi qualitative : alors que les financements du FMI sont assortis de conditionnalités et contribuent à l’endettement public, les fonds de la diaspora sont des capitaux privés, injectés directement dans l’économie réelle, sans intermédiaire et sans création de dette souveraine.
Un potentiel d’investissement encore insuffisamment mobilisé
Malgré cette contribution significative, l’investissement de la diaspora dans les secteurs structurants — énergie, transports, industrie, agro-industrie — demeure limité. Les experts estiment pourtant que plus de 200 milliards de FCFA par an pourraient être mobilisés si l’épargne des expatriés était mieux orientée vers des projets productifs.
La SNMD 2025 : vers une nouvelle dynamique ?
C’est dans ce contexte qu’a été lancée, en mars 2025, la Stratégie Nationale de Mobilisation de la Diaspora (SNMD) par le ministère des Relations extérieures (MINREX) en partenariat avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Cette initiative vise notamment la création d’un répertoire national des investisseurs de la diaspora, la réduction des coûts de transfert de fonds et la mise en place de guichets uniques dédiés aux entrepreneurs expatriés.
En 2026, un vaste recensement des compétences est en cours. La participation politique de la diaspora, notamment à travers le droit de vote lors des élections de 2025, a constitué le premier test concret de cette nouvelle volonté d’inclusion.
Des obstacles persistants à lever
Malgré ces avancées, plusieurs freins continuent de limiter l’implication totale des « bushfallers » dans le développement national : la corruption administrative, l’insécurité foncière, la lourdeur bureaucratique et, surtout, l’absence de consensus sur la question de la double nationalité.
La question demeure alors centrale : combien de temps encore le Cameroun privilégiera-t-il une dépendance accrue aux institutions supranationales et à leurs programmes d’ajustement structurel, alors que des réformes internes ciblées pourraient permettre de tirer pleinement profit de la puissance économique de sa diaspora ?
Source: Afrik-Inform.Com
Haoua SANGARÉ
LETJIKAN




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