Cameroun : le cacao peut dépasser le pétrole, mais des blocages freinent encore son essor
- 1 mai
- 3 min de lecture

Le Cameroun dispose d’un atout stratégique majeur : sa filière cacao pourrait, à court terme, devenir la première source de devises du pays devant le pétrole. Mais malgré ce potentiel considérable, plusieurs dysfonctionnements structurels empêchent encore le secteur de jouer pleinement ce rôle.
C’est le constat dressé par le Dr Joël Teubissi Noutsa dans une analyse qui invite à dépasser l’optimisme ambiant pour examiner la cohérence du modèle industriel actuellement en construction.
Une filière en nette progression
Les chiffres récents confirment la montée en puissance du cacao camerounais. En 2024, la filière a généré près de 1,9 milliard de dollars de recettes à l’exportation, dont environ 700 millions provenant des produits transformés.
Ces performances témoignent des avancées réalisées dans la transformation locale. Toutefois, les capacités industrielles installées restent encore largement sous-exploitées, avec un taux d’utilisation inférieur à 30 %.
Selon l’analyse, si ces unités fonctionnaient à 80 % de leur capacité, les revenus issus de la transformation pourraient atteindre 1,5 milliard de dollars par an, propulsant ainsi le cacao au premier rang des pourvoyeurs de devises du pays.
La dépendance aux fèves, un risque persistant
Malgré cette dynamique, la filière reste vulnérable à la volatilité des marchés internationaux. Les recettes tirées des exportations de fèves brutes sont ainsi passées d’environ 1,3 milliard de dollars en 2024 à près de 900 millions en 2025.
Cette baisse met en lumière une faiblesse structurelle : tant que le pays dépendra principalement des fèves brutes, il restera exposé aux fluctuations des prix mondiaux qu’il ne contrôle pas.
Transformer pour sécuriser les revenus
Le Dr Joël Teubissi Noutsa souligne que les produits issus de la transformation primaire — beurre, poudre ou pâte de cacao — offrent davantage de stabilité. Insérés dans des chaînes industrielles plus longues et soutenus par des contrats commerciaux durables, leurs prix sont généralement moins instables.
La transformation locale ne représente donc pas seulement un moyen de créer plus de valeur ajoutée. Elle constitue également un levier de stabilisation macroéconomique pour sécuriser les recettes d’exportation.
Mieux organiser la filière
Pour atteindre cet objectif, l’auteur préconise la mise en place de relations contractuelles durables entre producteurs et industriels. Ces accords devraient intégrer des prix minimums garantis, des normes de qualité et des engagements sur les volumes.
Un rôle accru de régulation serait également nécessaire, notamment pour l’Office national du cacao et du café (ONCC), afin d’encadrer ces mécanismes et de limiter les déséquilibres du marché.
Le défi des infrastructures et des flux
Autre frein majeur : la mauvaise connexion entre les bassins de production et les zones industrielles. Cette situation augmente les coûts de collecte, perturbe l’approvisionnement des usines et favorise les circuits parallèles.
Dans ces conditions, même les investissements industriels les plus ambitieux peinent à produire les résultats attendus.
Un enjeu d’organisation plus que de ressources
Pour l’analyste, le principal problème du Cameroun n’est pas le manque de cacao ni l’absence d’unités de transformation. Le pays dispose déjà des ressources, des infrastructures de base et d’une vision stratégique identifiable.
Le véritable défi réside désormais dans l’organisation de la chaîne de valeur : structurer les flux, sécuriser les revenus agricoles et garantir des recettes stables en devises.
Le débat ne porte donc plus sur la nécessité de transformer davantage, mais sur la capacité à rendre cette transformation réellement efficace. C’est à ce niveau que se joue l’avenir économique du cacao camerounais.
Source: Afrik-Inform.Com
Haoua SANGARÉ
LETJIKAN




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