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Côte d’Ivoire : une victoire triomphale pour Ouattara, une démocratie en question

Alassane Ouattara 
Alassane Ouattara 

Abidjan, octobre 2025 — En remportant 89,77 % des suffrages, Alassane Ouattara a été réélu à la tête de la Côte d’Ivoire pour un quatrième mandat consécutif, selon les chiffres officiels de la Commission électorale indépendante (CEI). Si ce résultat consacre la suprématie du président sortant et de son parti, il soulève toutefois de vives interrogations sur la vitalité démocratique du pays.

Derrière le triomphe annoncé, le scrutin apparaît verrouillé, marqué par une opposition affaiblie et un taux de participation limité à environ 50 %. Plusieurs figures majeures, dont Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam, n’ont pu se présenter, réduisant la compétition à quelques candidatures sans véritable poids politique. Résultat : une élection à l’issue prévisible, plus proche du plébiscite que du débat démocratique.

Un scrutin sous tension démocratique

Pour nombre d’observateurs, ce scrutin illustre le déséquilibre croissant entre pouvoir exécutif et pluralisme politique. L’absence d’opposition crédible et les conditions restrictives d’éligibilité ont fragilisé la perception de la légitimité du processus électoral.

« Le problème n’est plus le résultat, mais la qualité du processus », résume un analyste ivoirien, évoquant une démocratie sous perfusion, tiraillée entre stabilité politique et épuisement participatif.

Depuis 2011, le président Ouattara s’appuie sur une croissance économique soutenue, portée par les exportations de cacao et les investissements dans les infrastructures. Mais derrière cette réussite économique se creusent des inégalités persistantes et un désenchantement social, particulièrement chez les jeunes. Dans les rues d’Abidjan, artistes et slameurs traduisent ce malaise par une revendication d’alternance et de justice sociale.

Entre stabilité et fragilité institutionnelle

La reconduction d’Alassane Ouattara s’inscrit dans une tendance régionale ouest-africaine où plusieurs dirigeants prolongent leur mandat grâce à des révisions constitutionnelles ou à l’affaiblissement de leurs opposants. Cette dynamique alimente le débat sur l’avenir de la démocratie dans l’espace de la CEDEAO, déjà ébranlée par les transitions militaires au Sahel et la crise de confiance entre citoyens et institutions.

Pour la Côte d’Ivoire, le défi consiste désormais à transformer la stabilité politique en gouvernance inclusive. Le quatrième mandat d’Alassane Ouattara devra prouver qu’il ne s’agit pas d’une simple continuité du pouvoir, mais d’une étape vers le renforcement des institutions, la participation citoyenne et la préparation d’une relève politique crédible.

Car, sans un véritable souffle démocratique, la longévité du pouvoir risque d’annoncer non pas la consolidation d’un modèle, mais le début d’un malaise institutionnel durable.


Source: Afrik.Com

 

Haoua SANGARÉ

LETJIKAN


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