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Diplomatie : Pékin renforce son offensive en Afrique avec une tournée stratégique de Han Zheng

  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

À l’occasion du 70e anniversaire des relations diplomatiques sino-africaines et du lancement de l’Année des échanges humains et culturels Chine-Afrique, le vice-président chinois Han Zheng a entamé, le 22 mars, une tournée de huit jours sur le continent. Au programme : le Kenya, l’Afrique du Sud et les Seychelles, avec pour objectif principal la mise en œuvre des engagements pris lors du sommet du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) de Pékin en septembre 2024, où la Chine a promis 360 milliards de yuans (environ 50,7 milliards de dollars) de financement à l’Afrique pour la période 2025-2027.

Figure clé de l’appareil d’État chinois et huitième dans l’ordre protocolaire, Han Zheng incarne une diplomatie mesurée mais stratégique. Son choix comme émissaire illustre la volonté de Pékin d’envoyer un signal fort sans mobiliser le plus haut niveau. Particularité notable : lors de cette tournée, il privilégie des rencontres avec les vice-présidents plutôt qu’avec les chefs d’État, un format qui traduit une stratégie de construction de relations institutionnelles durables avec de futurs leaders africains.

Le Kenya, vitrine d’une coopération renouvelée

Première étape de cette tournée : Nairobi. Arrivé le 22 mars, Han Zheng a participé dès le lendemain au Forum d’affaires Kenya-Chine, réunissant plus de 350 acteurs publics et privés. Au cœur des échanges : l’entrée en vigueur, prévue le 1er mai, d’un régime de zéro tarif pour les exportations africaines vers la Chine.

Cette mesure, annoncée par Xi Jinping lors du sommet de l’Union africaine en février 2026, concerne 53 pays africains et couvre la quasi-totalité des produits. Elle ouvre ainsi un accès sans précédent au marché chinois de 1,4 milliard de consommateurs, à l’exception de l’Eswatini, qui entretient des relations diplomatiques avec Taïwan.

À Nairobi, Han Zheng a également formulé trois priorités : renforcer la confiance stratégique, approfondir la coopération économique et accompagner la transformation des ressources africaines en leviers de développement. Illustration concrète de cette dynamique : le lancement d’un premier convoi d’exportations kényanes sous régime zéro tarif, comprenant notamment des avocats, du café et des haricots verts.

Parallèlement, le projet d’extension du chemin de fer à écartement standard (SGR), reliant Naivasha à Kisumu puis à Malaba, a été relancé. D’un coût estimé à 500 milliards de shillings, ce projet marque un tournant dans le modèle de financement chinois, désormais basé sur un cofinancement entre Pékin, Nairobi et des investisseurs privés.

Afrique du Sud : un partenaire stratégique incontournable

Deuxième étape, Pretoria, où Han Zheng doit rencontrer le vice-président Paul Mashatile. L’Afrique du Sud demeure le principal partenaire commercial de la Chine en Afrique, avec des échanges évalués à 52,4 milliards de dollars en 2024.

Riche en ressources minières stratégiques comme le platine, le manganèse et le chrome, le pays occupe une place centrale dans les chaînes d’approvisionnement liées à la transition énergétique. Dans un contexte marqué par l’imposition de droits de douane américains de 30 % sur ses exportations, Pretoria pourrait voir dans l’offre chinoise de franchise douanière une alternative économique attractive.

Les discussions devraient notamment porter sur la finalisation d’un accord économique partiel, dit « Early Harvest Agreement », en cours de négociation.

Les Seychelles, enjeu maritime et géostratégique

Dernière étape de la tournée : les Seychelles. Bien que plus brève, cette visite revêt une importance stratégique. Situé au cœur de l’océan Indien, l’archipel constitue un point clé pour les routes maritimes du commerce sino-africain.

En rencontrant le vice-président Sébastien Pillay, Han Zheng entend consolider la coopération dans les domaines de la sécurité maritime et de l’économie bleue, deux axes devenus prioritaires pour Pékin dans la région.

Une stratégie chinoise en mutation

Cette tournée met en lumière les grandes orientations de la politique chinoise en Afrique en 2026. Premièrement, Pékin cherche à rééquilibrer les échanges commerciaux en facilitant l’accès des produits africains à son marché, quitte à renoncer à des recettes douanières estimées à 1,4 milliard de dollars.

Deuxièmement, la Chine adapte son modèle d’investissement. L’époque des grands projets entièrement financés par des prêts chinois laisse place à des montages hybrides, impliquant davantage les partenaires africains et le secteur privé, avec une attention accrue portée aux secteurs du numérique, de l’énergie verte et de la formation.

Enfin, Pékin mise sur une influence de long terme, en développant des liens avec la nouvelle génération de dirigeants africains et en renforçant les échanges humains, éducatifs et culturels. L’objectif affiché est ambitieux : soutenir la création d’un million d’emplois sur le continent d’ici 2027.

À mi-parcours de sa tournée, Han Zheng illustre ainsi la volonté de la Chine de consolider sa présence en Afrique dans un contexte international marqué par des tensions commerciales croissantes. Reste à savoir si cette stratégie parviendra à rassurer les partenaires africains, encore préoccupés par les enjeux de dette et de dépendance économique.

 

Source: Afrik.Com

 

Haoua SANGARÉ

 LETJIKAN

 


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