Djibouti : la suppression de la limite d’âge ouvre la voie au sixième mandat de Guelleh
- Amadou Diallo
- 29 oct. 2025
- 2 min de lecture

Sous couvert de réforme constitutionnelle, Djibouti s’engage vers un renforcement du pouvoir personnel d’Ismaïl Omar Guelleh, président en poste depuis 1999. La décision de supprimer la limite d’âge de 75 ans pour les candidats à la présidence, adoptée par une Assemblée nationale entièrement acquise au chef de l’État, permet à M. Guelleh, aujourd’hui âgé de 77 ans, de briguer un sixième mandat consécutif.
Présentée officiellement comme une mesure de modernisation institutionnelle et de continuité nécessaire, cette réforme révèle surtout une volonté de confiscation du pouvoir. Depuis plus de vingt-cinq ans, le président a centralisé les pouvoirs législatif, judiciaire et médiatique autour de la présidence, et la réforme du 26 octobre 2025 parachève ce verrouillage en éliminant le dernier obstacle légal à sa longévité politique.
Un Parlement aux ordres et une société civile muselée
Cette réforme ne résulte d’aucune demande populaire ni d’une urgence institutionnelle. L’opposition et la société civile, déjà limitées par des restrictions de liberté d’expression et un cadre électoral verrouillé, dénoncent un « braquage institutionnel », à l’instar de l’ancien conseiller présidentiel Alexis Mohamed, qui appelle à un référendum pour que le peuple se prononce.
Malgré le contexte régional marqué par des conflits en Éthiopie, en Somalie et au Yémen, la stabilité invoquée par le président repose sur la peur, la censure et la cooptation, plutôt que sur la légitimité populaire.
Un silence international critiqué
La position géostratégique de Djibouti, abritant des bases militaires américaines, françaises et chinoises, protège le régime de toute critique internationale. Les grandes puissances justifient leur complaisance par la sécurité maritime, la coopération économique ou la lutte contre le terrorisme, légitimant ainsi la dérive autoritaire du pouvoir djiboutien.
La France continue de présenter Djibouti comme un « partenaire fiable », tandis que les États-Unis et la Chine privilégient leurs intérêts stratégiques et économiques, fermant les yeux sur la restriction des libertés politiques et médiatiques.
La stabilité, une illusion dangereuse
Cette complaisance internationale n’est pas sans risque : l’histoire africaine montre que les régimes qui refusent l’alternance finissent par être fragilisés par la colère populaire. La prolongation artificielle du mandat de M. Guelleh pourrait transformer Djibouti en bombe politique à retardement, avec le mécontentement de la jeunesse et l’exil des talents comme facteurs de tension.
Djibouti peut se réinventer
Le pays dispose des ressources humaines et intellectuelles pour se renouveler démocratiquement, à condition que les dirigeants acceptent de transmettre le pouvoir et que les partenaires internationaux cessent de confondre stabilité et servitude. La communauté internationale porte une part de responsabilité en fermant les yeux sur la dérive autoritaire, au détriment du droit du peuple djiboutien à choisir son destin.
Source: Afrik.Com
Haoua SANGARÉ
LETJIKAN








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