Espagne–Maroc : l’ancien chef d’état-major Fernando Alejandre alerte sur un risque de confrontation
- 30 mars
- 3 min de lecture

Madrid — Les déclarations de l’ancien chef d’état-major de la Défense espagnole (JEMAD), le général Fernando Alejandre, ont ravivé le débat stratégique en Espagne. Dans un entretien accordé au quotidien ABC, il affirme que le Maroc constitue « une menace directe et certaine » pour la sécurité du pays, allant jusqu’à évoquer la possibilité d’un conflit armé à moyen ou long terme.
Une menace « claire » sur le flanc sud
Pour le général Alejandre, qui a dirigé les forces armées espagnoles entre 2017 et 2020, la perception du risque ne laisse place à aucune ambiguïté. « Il n’y a aucun doute. Nous avons une menace certaine et claire sur le flanc sud », déclare-t-il.
Dans son ouvrage autobiographique Rey servido y patria honrada, il développe cette analyse en décrivant un scénario d’escalade progressive. Selon lui, un éventuel affrontement pourrait débuter par des actions hybrides — notamment des pressions migratoires ou des mouvements de foule — avant de dégénérer en conflit conventionnel.
Le réarmement marocain dans le viseur
L’ancien JEMAD pointe notamment le renforcement des capacités militaires marocaines. Le programme de modernisation de l’armée, ainsi que le développement d’une industrie de défense nationale, sont interprétés comme les signes d’une montée en puissance aux ambitions régionales affirmées.
Il appelle ainsi les autorités espagnoles à intégrer « sans atténuation » ces évolutions dans leur réflexion stratégique, estimant que toute sous-évaluation du contexte sécuritaire pourrait fragiliser la posture du pays.
Ceuta et Melilla, zones sensibles
Les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, situées en Afrique du Nord, occupent une place centrale dans cette analyse. Leur proximité géographique avec le Maroc en fait, selon Alejandre, des points de tension potentiels.
L’ancien chef militaire regrette par ailleurs l’absence de ces territoires dans le champ explicite de protection du traité de l’OTAN. Une lacune qu’il considère comme une vulnérabilité stratégique, en cas de crise majeure.
Il rappelle également des épisodes passés, comme l’incident de l’îlot du Persil en 2002, pour illustrer la persistance de frictions entre les deux pays.
Une critique de la préparation espagnole
Au-delà de la dimension militaire, Alejandre met en cause le manque de préparation de la société espagnole. Il déplore une faible perception des menaces et une culture politique qu’il juge excessivement pacifiste.
Selon lui, cette posture se traduit par une insuffisante mobilisation nationale face aux enjeux de défense. Il cite notamment des études indiquant qu’une minorité d’Espagnols serait prête à s’engager en cas de conflit.
Des interrogations sur les alliances
L’ancien responsable militaire soulève également des doutes quant à la réaction de l’OTAN en cas de confrontation avec le Maroc. Il appelle à examiner « avec lucidité » les garanties de sécurité collective et leur mise en œuvre concrète.
Dans le même temps, il critique la gestion diplomatique de Madrid vis-à-vis de Rabat, estimant que l’Espagne n’accorde pas suffisamment d’attention à son voisin du sud.
Une lecture contestée du contexte géopolitique
Cependant, cette analyse est nuancée par certains observateurs. Depuis la crise diplomatique de 2021 avec le Maroc, l’Espagne a renforcé ses relations avec l’Algérie, notamment sur les plans énergétique et sécuritaire.
Cette stratégie de diversification des alliances régionales constitue un levier important pour Madrid, qui cherche à équilibrer les rapports de force au Maghreb.
Entre alerte sécuritaire et débat politique
Les prises de position d’Alejandre s’inscrivent également dans un contexte politique interne. Proche de la droite conservatrice, l’ancien JEMAD critique régulièrement le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez, qu’il juge insuffisamment ferme en matière de défense.
Si ses avertissements reflètent des préoccupations partagées au sein de certains cercles militaires, ils sont aussi perçus comme une lecture partielle de la situation, privilégiant l’option sécuritaire au détriment des dynamiques diplomatiques en cours.
Une équation complexe
Entre montée en puissance du Maroc, réajustements diplomatiques espagnols et incertitudes sur les alliances internationales, la relation entre Madrid et Rabat reste marquée par une forte sensibilité stratégique.
Si le risque d’escalade directe demeure incertain, les déclarations du général Alejandre mettent en lumière une réalité : la nécessité pour l’Espagne de concilier vigilance militaire et pragmatisme diplomatique dans la gestion de son voisinage sud.
Source: Afrik.Com
Haoua SANGARÉ
LETJIKAN




.jpg)












Commentaires