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Guinée-Bissau : un scrutin sous tension dans un paysage politique fragilisé


La Guinée-Bissau s’apprête à vivre une journée électorale décisive ce dimanche 23 novembre, dans un climat politique particulièrement tendu. Alors que le pays espère sortir d’années d’instabilité, l’exclusion de l’opposition historique a profondément déséquilibré la course à la présidence et renforcé la position du chef de l’État sortant, Umaro Sissoco Embaló.

Un scrutin sans réel équilibre

Environ 860 000 électeurs sont appelés aux urnes pour élire simultanément leur président et leurs députés. Parmi les douze candidats en lice, Umaro Sissoco Embaló apparaît comme le favori pour décrocher un second mandat consécutif, une première depuis plus de trois décennies en Guinée-Bissau.

Cette dynamique s’explique en partie par la mise à l’écart du principal opposant, Domingos Simões Pereira, et de son parti, le PAIGC (Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert). La Cour suprême a invalidé leur participation pour un dépôt jugé tardif des dossiers de candidature. Une décision dénoncée par l’opposition, qui crie à la « manipulation » et considère que le mandat d’Embaló a expiré en février dernier.

Face au président sortant se présentent notamment l’ancien chef de l’État José Mario Vaz (2014-2020) et l’opposant Fernando Dias. Mais l’absence du PAIGC, poids lourd de la vie politique bissau-guinéenne, confère à la compétition une asymétrie inédite.

 

Cinq années sous le signe des tensions

Le premier mandat d’Umaro Sissoco Embaló a été marqué par une succession de crises politico-militaires, malgré une croissance économique d’environ 5 %. Plusieurs tentatives de coups d’État ont été déjouées, la dernière fin octobre, quelques jours avant l’ouverture de la campagne.

En décembre 2023, le président avait dissous le Parlement, alors dominé par l’opposition, ouvrant une période de gouvernance par ordonnances. Ce geste, tout comme le report du scrutin, a nourri les critiques sur un exercice du pouvoir jugé de plus en plus autoritaire.

Une population en quête de stabilité

Pour les 2,2 millions d’habitants du pays, la priorité reste la sortie durable de la crise politique. La Guinée-Bissau demeure l’un des États les plus pauvres du monde : près de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, tandis que les services publics restent en grande difficulté.

La persistance du pays comme point de passage majeur du trafic de drogue entre l’Amérique latine et l’Europe illustre également la fragilité de ses institutions. Les électeurs attendent du prochain président des avancées concrètes dans la lutte contre la corruption, l’accès aux soins, l’éducation, l’emploi et les infrastructures.

Des risques de tensions post-électorales

Si la campagne s’est déroulée dans un relatif calme, plusieurs observateurs, dont l’Institut d’études de sécurité (ISS), s’inquiètent des répercussions possibles de l’exclusion du PAIGC. Ils redoutent que le scrutin, comme en 2019, débouche sur des contestations massives et de nouvelles allégations d’irrégularités.

 

En Guinée-Bissau, les crises éclatent souvent une fois les urnes refermées. Reste à savoir si cette élection, malgré ses fragilités, pourra marquer un pas vers la stabilité tant espérée.

 

Source : Afrik.Com

 

Haoua SANGARÉ

 LETJIKAN

 


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