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Madagascar : une grève générale révèle un malaise social profond


Antananarivo, octobre 2025 – La grève générale déclenchée cette semaine à Madagascar met en lumière un climat social tendu et des frustrations accumulées au sein de plusieurs corps de métiers. Si la mobilisation reste contrastée selon les secteurs, elle traduit un malaise généralisé, amplifié par l’arrestation controversée d’un étudiant, Mikolo, devenu le symbole d’une jeunesse en quête de justice et de reconnaissance.

Les internes en médecine en première ligne

Le mouvement a été initié par les internes en médecine, particulièrement actifs à Antananarivo et Majunga. Ces jeunes praticiens dénoncent leurs conditions de travail difficiles et réclament la revalorisation de leurs indemnités de stage, jugées dérisoires au regard de leurs longues heures de service dans des hôpitaux souvent vétustes et sous-équipés.

Leur mobilisation, amorcée par des grèves sporadiques dans plusieurs Centres hospitaliers universitaires (CHU), s’est amplifiée avec l’appel à la grève générale, mettant en lumière les carences structurelles du système de santé malgache et la précarité du personnel médical en formation.

L’éducation nationale à son tour paralysée

Le secteur de l’éducation, autre pilier de la contestation, connaît également d’importantes perturbations. Dans plusieurs établissements d’Antananarivo, dont le lycée Jules-Ferry et le lycée moderne d’Ampefiloha, de nombreux enseignants ont cessé les cours. À l’université d’Ankatso, les activités sont suspendues depuis deux semaines.

Les revendications portent sur l’amélioration des conditions de travail, la revalorisation salariale et la reconnaissance du statut des enseignants contractuels. Au-delà des aspects matériels, c’est un sentiment d’abandon et de perte de dignité qui domine dans le discours des grévistes, face à une inflation galopante et à la stagnation des salaires.

Un mouvement partiel, mais symbolique

Si la grève a mobilisé une large partie du secteur public, le secteur privé, lui, reste en retrait. Les grandes industries – textile, télécommunications, mines ou encore banques – n’ont pas cessé leurs activités. La Fisema (Fikambanan’ny Sendika Malagasy), principale confédération syndicale du pays, a privilégié la voie du dialogue, estimant que la conjoncture économique ne permet pas une paralysie générale du pays.

Mikolo, symbole d’une jeunesse en colère

Le mouvement a pris une tournure émotionnelle après l’arrestation brutale d’un étudiant, Mikolo, interpellé par les forces de l’ordre près du lac Anosy. La scène, filmée et largement relayée sur les réseaux sociaux, a provoqué une vague d’indignation nationale.

L’image du jeune homme, en larmes et les mains levées vers le ciel, est devenue virale, faisant de lui le visage d’une jeunesse déterminée à dénoncer l’injustice et la répression. Des collectifs comme Gen Z Madagascar ont rapidement pris sa défense, appelant à davantage de respect des droits fondamentaux et à la fin des violences policières.

Une fracture sociale qui s’accentue

Au-delà de la grève, cette mobilisation met en exergue les inégalités croissantes et la fragilité du modèle social malgache. D’un côté, un secteur public épuisé par des conditions précaires ; de l’autre, un secteur privé prudent face à la crise économique. Entre les deux, une jeunesse connectée, qui trouve dans les réseaux sociaux un espace d’expression et de résistance.

Le gouvernement, pour l’heure, garde le silence. Aucune mesure concrète n’a été annoncée pour répondre aux revendications des grévistes. Mais selon plusieurs observateurs, cette grève pourrait marquer un tournant dans la vie sociale et politique du pays, en posant les bases d’un mouvement plus large autour des valeurs de justice, de dignité et d’égalité.

Source : Afrik.Com

 

Haoua Sangaré

LETJIKAN

 


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