Mali–Algérie : depuis sa cellule, Choguel Maïga appelle au dégel diplomatique
- Amadou Diallo
- 19 janv.
- 3 min de lecture

Détenu depuis août 2025, l’ancien Premier ministre malien Choguel Kokalla Maïga a créé la surprise en adressant une lettre au président algérien Abdelmadjid Tebboune. Dans ce courrier publié ces derniers jours, il appelle à la reprise du dialogue entre Bamako et Alger, opérant un revirement notable après avoir longtemps dénoncé l’influence du voisin du Nord.
Depuis la prison de haute sécurité de Koulikoro, où il est incarcéré depuis le 19 août 2025, l’ancien chef du gouvernement évoque « la solide amitié qui lie » les deux peuples et qualifie le président Tebboune de « bien estimé aîné ». Un vocabulaire empreint de déférence, en rupture avec la rhétorique nationaliste qui avait marqué son passage à la Primature.
Une correspondance dans un contexte de rupture
Cette initiative intervient alors que les relations bilatérales sont au plus bas. Depuis janvier 2024, Bamako et Alger s’opposent frontalement autour de l’Accord pour la paix et la réconciliation, signé en 2015 sous l’égide de l’Algérie et dénoncé unilatéralement par les autorités maliennes. Bamako a multiplié les accusations « d’ingérence » et évoqué une « complicité avec des groupes terroristes », tandis qu’Alger a maintenu un discours d’apaisement.
En novembre 2025, le ministre algérien des Affaires étrangères Ahmed Attaf rappelait que l’Algérie disposait d’« une patience inépuisable » et restait attachée au dialogue avec ses « frères du Mali ». La lettre de Choguel Maïga semble valider cette position, estimant que l’impasse actuelle ne profite à aucun des deux pays.
Un retournement politique assumé
Ce changement de ton surprend d’autant plus qu’il émane de celui qui, en février 2024, avait orchestré la rupture avec l’Accord d’Alger. À l’époque, Choguel Maïga accusait l’Algérie d’avoir « quitté son rôle de médiateur » et critiquait les échanges entre le président Tebboune et l’imam Mahmoud Dicko, figure de l’opposition malienne désormais exilée à Alger.
Ce repositionnement illustre un constat partagé par plusieurs analystes : confronté à une crise sécuritaire persistante, à un isolement diplomatique croissant et à des tensions internes, le Mali doit composer avec la réalité géopolitique. L’Algérie, puissance régionale partageant plus de 1 300 km de frontière avec le Mali, reste un acteur incontournable dans la gestion des crises sahéliennes.
Un message adressé aux autorités de transition
Pour certains observateurs, la démarche de l’ancien Premier ministre constitue un signal destiné aux autorités militaires en place. En appelant à renouer avec Alger, Choguel Maïga invite la junte à rompre avec une logique de confrontation systématique.
La transition se retrouve dans une posture délicate. L’ancien Premier ministre a été limogé puis incarcéré pour « atteinte aux biens publics », tandis que le président Tebboune rappelait fin décembre que plusieurs responsables maliens actuels — dont le Premier ministre Abdoulaye Maïga et le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop — sont passés par l’École nationale d’administration (ENA) d’Alger. Un rappel discret de l’ancienneté des liens humains entre les deux pays.
L’Algérie, un acteur incontournable du Sahel
Historiquement engagée au Mali, de l’appui à l’indépendance sous Modibo Keïta au parrainage de l’accord de 2015, l’Algérie demeure au centre des équilibres régionaux. Sa doctrine repose sur le refus de l’intervention militaire extérieure et l’appel au règlement politique.
La lettre de Choguel Maïga, quelles qu’en soient les motivations personnelles, apparaît comme une ouverture dans un contexte de défiance. Elle rappelle que la géographie finit souvent par imposer le dialogue entre voisins sahéliens.
Pour l’heure, Alger observe et attend un geste officiel de Bamako. « La solution est politique, pas militaire, mais elle doit être décidée par les Maliens », a rappelé Abdelmadjid Tebboune.
Haoua SANGARÉ
LETJIKAN








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