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Maroc – Turquie : une plainte déposée contre la militante Tawakkol Karman pour “incitation à la sédition”


Istanbul, octobre 2025 — Une association d’avocats marocains a annoncé avoir déposé une plainte auprès des autorités turques contre la militante yéménite Tawakkol Karman, lauréate du prix Nobel de la paix 2011, l’accusant de diffuser sur les réseaux sociaux des messages appelant à la “violence” et à la “sédition” au Maroc.

Selon le communiqué du collectif, les publications incriminées, partagées notamment sur la plateforme X (ex-Twitter), contiendraient des appels explicites à une “intifada” au Maroc, interprétés comme une incitation à la rébellion et des insultes à l’égard du chef de l’État. L’association considère ces messages comme relevant de l’incitation au terrorisme, et non de la liberté d’expression.

Une procédure fondée sur la législation turque

Installée à Istanbul depuis 2015 pour des raisons de sécurité, Tawakkol Karman fait désormais l’objet d’une procédure judiciaire conjointe entre le parquet turc et les plaignants marocains. L’action s’appuie sur plusieurs dispositions du code pénal turc (loi n°5237), notamment les articles 216, 312 et 314, qui répriment l’incitation à la haine publique, la provocation à commettre des crimes et l’appartenance à une organisation terroriste.

Les avocats invoquent également l’article 340, interdisant les injures publiques envers des chefs d’État étrangers, ainsi que la loi antiterroriste turque n°3713.

Le président de l’association plaignante, Me Mourad Elajouti, a insisté sur le caractère “strictement juridique” de la démarche, affirmant qu’elle est dépourvue de toute lecture politique. « Cette plainte s’inscrit dans le cadre de la coopération entre le Maroc et la Turquie dans la lutte contre le terrorisme, y compris sur les réseaux numériques », a-t-il précisé.

Des enjeux juridiques et diplomatiques sensibles

Cette affaire met en lumière plusieurs défis contemporains : la responsabilité juridique des propos tenus en ligne par des figures exilées, la coopération judiciaire transnationale face aux contenus numériques, et la dimension diplomatique entre deux États attachés à la protection de leur souveraineté.

À Rabat, certains observateurs évoquent des “tentatives de déstabilisation” du Maroc via les réseaux sociaux, alors que la surveillance des discours en ligne devient un enjeu croissant de sécurité nationale.

Pour l’heure, aucun détail n’a filtré sur les éléments transmis aux autorités turques, ni sur la date d’une éventuelle audition de la militante.

Une icône du “Printemps arabe” sous pression

Figure emblématique du Printemps arabe au Yémen, Tawakkol Karman est la première femme arabe à avoir reçu le prix Nobel de la paix. Journaliste et militante des droits humains, elle s’était illustrée pour son rôle dans la défense de la liberté de la presse et la mobilisation de la jeunesse yéménite.

Installée aujourd’hui à Istanbul, où elle anime plusieurs initiatives médiatiques et militantes, elle voit dans cette procédure un nouveau front judiciaire dans un contexte régional marqué par la polarisation politique et les tensions autour de la liberté d’expression en ligne.

 

Source: Afrik.Com

 

Haoua SANGARÉ

 LETJIKAN

 

 



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