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Maurice secouée par l’atterrissage controversé d’un jet privé venu de Madagascar


Port-Louis, 14 octobre 2025 – L’atterrissage inattendu d’un jet privé en provenance de Madagascar, transportant plusieurs proches de l’ancien président Andry Rajoelina, a provoqué un véritable séisme politique à Maurice. Les conditions floues entourant cette autorisation de vol suscitent une vive polémique et ont conduit le gouvernement à ouvrir une enquête interne pour déterminer d’éventuelles responsabilités administratives et politiques.

Un vol nocturne aux contours opaques

Dans la nuit du 12 octobre, un appareil appartenant au groupe Sodiat a atterri à l’aéroport international Sir Seewoosagur Ramgoolam de Plaisance, avec à son bord plusieurs personnalités malgaches, dont l’ancien Premier ministre Christian Ntsay et l’homme d’affaires Mamy Ravatomanga, considéré comme un proche d’Andry Rajoelina.

L’arrivée de ce vol a immédiatement suscité la controverse à Port-Louis, sur fond de confusion administrative et de soupçons de passe-droits.

Selon les explications du Premier ministre mauricien par intérim, Paul Bérenger, l’autorisation d’atterrissage aurait été accordée dans des « circonstances à peine croyables ». D’abord présentée comme une évacuation médicale, la demande aurait ensuite été modifiée pour des motifs touristiques, avant d’être validée in extremis à 00 h 13, soit à peine trente minutes avant l’atterrissage effectif du jet, à 00 h 44.

Plus troublant encore, l’avion aurait décollé d’Antananarivo sans feu vert officiel, invoquant une urgence de carburant pour forcer son atterrissage à Maurice. « La vie des passagers ne pouvait pas être mise en danger, mais cela n’excuse pas un tel manquement aux règles aéronautiques », a déclaré Paul Bérenger, dénonçant un grave dysfonctionnement administratif.

Des passagers au profil sensible

Les passagers du jet n’étaient pas de simples voyageurs. Parmi eux figuraient Christian Ntsay, ancien chef du gouvernement malgache, et Mamy Ravatomanga, homme d’affaires influent et proche du pouvoir déchu, déjà cité dans plusieurs affaires de corruption.

Alors que M. Ntsay a rapidement quitté le territoire mauricien par vol commercial, M. Ravatomanga demeure à Maurice, son départ étant actuellement bloqué par la Financial Crimes Commission (FCC), qui examine son dossier.

Les autorités mauriciennes assurent que tous les bagages ont été inspectés sans incident. Mais la présence de ces personnalités jugées « sensibles », au moment où

Madagascar traverse une crise politique majeure, alimente les interrogations sur la finalité réelle de ce déplacement.

Une enquête interne pour faire la lumière

Face à la polémique grandissante, le gouvernement mauricien a annoncé l’ouverture d’une enquête interne, confiée au secrétaire du Cabinet, Suresh Seeballuck.

Les premiers éléments pointent du doigt des irrégularités dans le traitement du dossier par Jet Prime Ltd, société en charge de la gestion des jets privés à l’aéroport, filiale d’Airports Holding Ltd.

Déjà critiquée pour son manque de transparence, la société est soupçonnée d’avoir facilité l’accueil des passagers malgaches en contournant les procédures normales. « La façon de fonctionner de Jet Prime doit être revue complètement », a martelé Paul Bérenger, évoquant un système de contrôle « à repenser de fond en comble ».

Vers des sanctions possibles

Le Premier ministre par intérim n’a pas écarté d’éventuelles sanctions disciplinaires ou judiciaires.

« S’il faut sanctionner, on sanctionnera. La loi n’a pas été respectée », a-t-il affirmé en conférence de presse, assurant qu’aucune ingérence politique ne serait tolérée dans la conduite de l’enquête. Le rapport officiel, attendu dans les prochains jours, devra établir les responsabilités précises, tant administratives que politiques.

Une affaire à résonance diplomatique

Cette affaire intervient dans un contexte politique tendu à Madagascar, où le président Andry Rajoelina a été récemment destitué. Le colonel Randrianirina doit prochainement prêter serment comme président par intérim, dans un climat de forte instabilité institutionnelle.

À Port-Louis, le gouvernement mauricien se veut prudent. « Nous suivons la situation heure par heure », a assuré Paul Bérenger, rappelant la position de neutralité de Maurice et son attachement au principe de non-ingérence.

Mais l’épisode du jet privé illustre à quel point la crise malgache déborde désormais au-delà des frontières de la Grande Île, s’invitant jusque dans les coulisses du pouvoir mauricien.

 

Source: Afrik.Com

 

Haoua Sangaré

LETJIKAN

 

 


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