Nationalité et pouvoir : en Afrique francophone, la nouvelle arme pour écarter les opposants
- Amadou Diallo
- 19 oct. 2025
- 3 min de lecture

À deux mois de la présidentielle centrafricaine du 28 décembre, la candidature d’Anicet-Georges Dologuélé est sérieusement menacée. La justice de Bangui a annulé son certificat de nationalité, estimant qu’il a perdu sa citoyenneté centrafricaine depuis son acquisition de la nationalité française en 1994. Une décision qui résonne bien au-delà de la Centrafrique, rappelant la récente controverse autour de Tidjane Thiam en Côte d’Ivoire.
Centrafrique : Dologuélé, une candidature fragilisée
Le climat politique à Bangui s’électrise à l’approche du scrutin présidentiel. L’ancien Premier ministre et leader de l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA) a vu son certificat de nationalité déclaré « nul et de nul effet » par le tribunal de grande instance, le 16 octobre.
Motif : en devenant Français, Dologuélé aurait automatiquement perdu sa nationalité d’origine, conformément au Code de la nationalité de 1961.
Or, en août dernier, l’opposant pensait avoir régularisé sa situation en renonçant à sa citoyenneté française, conformément à la Constitution de 2023, qui interdit aux binationaux de briguer la magistrature suprême. Mais selon les autorités, il n’a pas encore obtenu de décret présidentiel de réintégration, étape indispensable pour recouvrer officiellement sa nationalité centrafricaine.
« En l’état, il est considéré comme apatride », a tranché le ministère de la Justice, qui lui a refusé la délivrance d’un passeport national.
Une affaire hautement politique
Pour Anicet-Georges Dologuélé, cette procédure judiciaire est avant tout un instrument d’exclusion politique. Dans une lettre adressée au président Faustin-Archange Touadéra, il dénonce un « acharnement » visant à l’écarter de la course électorale.
« Si le Code de 1961 s’applique, alors des centaines de responsables publics devraient être révoqués : ministres, députés, militaires… », ironise-t-il, pointant un usage sélectif du droit.
Le pouvoir, lui, maintient sa position. Obed Namsio, directeur de cabinet du chef de l’État, a qualifié les propos de l’opposant d’« offensants », tout en assurant que le président Touadéra « n’interfère pas dans le processus électoral ».
Un précédent ivoirien : Tidjane Thiam, autre victime du débat sur la double nationalité
Le cas Dologuélé rappelle celui de Tidjane Thiam en Côte d’Ivoire. En mai 2025, la Commission électorale indépendante (CEI) a radié l’ancien ministre et ex-directeur général du Crédit Suisse de la liste électorale, invoquant une prétendue irrégularité de sa nationalité.
Pourtant, Thiam avait retrouvé sa citoyenneté ivoirienne selon les procédures légales. Ses partisans ont dénoncé une manœuvre politique destinée à neutraliser un rival crédible du pouvoir en place.
Comme à Bangui, la question de la double nationalité est utilisée comme une arme juridique, permettant de disqualifier des candidats issus de la diaspora, souvent populaires et porteurs d’un discours de réforme.
Le droit au service du politique
En Centrafrique, le Conseil constitutionnel doit encore valider les dix dossiers de candidature d’ici au 29 octobre. Mais sans décret de réintégration, Dologuélé risque fort d’être écarté, tout comme Thiam l’a été à Abidjan.
Ces deux affaires mettent en lumière une tendance inquiétante dans plusieurs pays d’Afrique francophone : l’usage stratégique du droit de la nationalité pour restreindre la compétition politique. Derrière l’argument de la légalité, se cache souvent une volonté de verrouiller l’espace démocratique.
Une démocratie fragilisée par la « légalité sélective »
À Bangui comme à Abidjan, la nationalité est devenue un instrument de contrôle politique. En s’appuyant sur des textes anciens ou des interprétations restrictives, certains régimes affaiblissent la légitimité des processus électoraux qu’ils prétendent protéger.
Entre droit et politique, la frontière n’a jamais été aussi mince. Et à mesure que se multiplient les exclusions d’opposants sous couvert de légalité, une même question s’impose :
Et si, en Afrique, la nationalité devenait le nouveau terrain de bataille du pouvoir ?
Source: Afrik.Com
Haoua Sangaré
LETJIKAN








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