Nigeria : paralysie nationale et colère populaire pour exiger la libération de Nnamdi Kanu
- Amadou Diallo
- 21 oct. 2025
- 2 min de lecture

Abuja, 20 octobre 2025 — Le Nigeria s’est figé ce lundi à l’occasion du cinquième anniversaire du massacre de Lekki. À travers tout le pays, des milliers de manifestants ont répondu à l’appel lancé pour réclamer la libération du leader séparatiste biafrais Nnamdi Kanu. Ce mouvement d’ampleur nationale, placé sous le mot d’ordre « Libérez Nnamdi Kanu maintenant », dénonce une justice à deux vitesses et la dérive autoritaire du régime du président Bola Ahmed Tinubu.
Une mobilisation nationale au-delà de la cause biafraise
Cinq ans après la tragédie du mouvement #EndSARS, le Nigeria renoue avec la contestation populaire. À Lagos, Abuja, Enugu ou encore Port Harcourt, des foules massives ont envahi les rues pour exprimer leur colère. Si la revendication première reste la libération du chef de l’Indigenous People of Biafra (IPOB), arrêté en 2021 au Kenya puis extradé vers le Nigeria, la mobilisation dépasse largement les frontières de la communauté igbo.
« Si le gouvernement veut réellement l’unité nationale, il doit traiter tous les citoyens de manière équitable », a déclaré Igboayaka O. Igboayaka, du Mouvement de la jeunesse igbo. De nombreuses personnalités, dont l’ancien candidat à la présidentielle Peter Obi, ont exprimé leur soutien au mouvement, qui prend désormais des allures de contestation sociale et politique généralisée.
Un dossier judiciaire au cœur de la colère
Accusé de trahison et de terrorisme, Nnamdi Kanu reste détenu malgré une décision de la Cour d’appel ordonnant sa libération en 2022. Le gouvernement justifie son maintien en détention au nom de la sécurité nationale, une position jugée arbitraire par ses soutiens et plusieurs ONG de défense des droits humains.
Pour les manifestants, cette affaire illustre les dérives d’un système judiciaire instrumentalisé par le pouvoir et une politique de répression systématique contre les voix dissidentes.
Abuja sous tension maximale
Dans la capitale, la journée a été marquée par un dispositif sécuritaire exceptionnel. Des barrages policiers et militaires ont été déployés autour d’Aso Rock, d’Eagle Square et du Parlement. Des gaz lacrymogènes ont été utilisés dès les premières heures pour disperser les rassemblements. Les autorités invoquent une ordonnance interdisant les manifestations dans certaines zones sensibles, mais les organisateurs assurent qu’ils entendaient marcher « pacifiquement » vers le siège du pouvoir.
Le souvenir douloureux du massacre de Lekki
Le choix de la date du 20 octobre n’est pas anodin. Il renvoie au massacre de Lekki en 2020, lorsque les forces de sécurité avaient ouvert le feu sur des manifestants pacifiques du mouvement #EndSARS à Lagos. Cinq ans plus tard, les plaies de cet épisode sanglant demeurent béantes, nourrissant un profond sentiment d’injustice et de méfiance envers les institutions.
Pour de nombreux Nigérians, cette journée ne se limite pas à la cause de Nnamdi Kanu : elle symbolise la lutte d’une génération contre la corruption, l’impunité et la répression politique.
Alors que la tension reste palpable dans plusieurs grandes villes, le gouvernement Tinubu fait face à une épreuve majeure : celle de réconcilier un pays divisé et d’apaiser une jeunesse qui refuse désormais le silence face à l’injustice.
Source: Afrik.Com
Haoua Sangaré
LETJIKAN








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