Projection du documentaire « Yambo Ouologuem, la blessure » : hommage à un génie incompris
- il y a 13 minutes
- 2 min de lecture

Le Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga, a assisté, mardi 31 mars 2026, à la projection du film documentaire « Yambo Ouologuem, la blessure », réalisé par Kalilou Sy. Il était accompagné pour l’occasion du Président du Conseil national de Transition (CNT), l’Honorable Malick Diaw.
Cette œuvre cinématographique retrace le parcours singulier de Yambo Ouologuem, figure majeure de la littérature africaine. Né le 22 août 1940 à Bandiagara, l’écrivain s’impose sur la scène internationale en 1968 avec la publication de son roman Le Devoir de violence. L’ouvrage, qui déconstruit les représentations idéalisées de l’Afrique précoloniale en exposant les réalités de la violence et de l’exploitation à travers les époques, lui vaut le prestigieux prix Renaudot, faisant de lui le premier auteur africain à recevoir cette distinction.
Cependant, cette reconnaissance est de courte durée. Accusé de plagiat par certains critiques européens et insuffisamment soutenu par ses pairs, Ouologuem se retire progressivement de la sphère littéraire. À la fin des années 1970, il regagne le Mali et s’installe à Sévaré, où il mène une vie discrète, tournée vers la foi, jusqu’à son décès le 14 octobre 2017.
À travers « Yambo Ouologuem, la blessure », Kalilou Sy propose une réflexion sur la mémoire, la vérité et le regard porté sur l’écrivain. Le documentaire explore les zones d’ombre de sa vie après sa rupture avec le monde occidental, en tentant de comprendre les raisons profondes de son retrait. Le réalisateur suit notamment les traces de l’auteur à Sévaré, à la recherche de l’homme derrière l’œuvre.
Le film met également en lumière l’héritage de Ouologuem pour la jeunesse malienne et africaine, tout en questionnant la violence de la critique littéraire de l’époque et le manque de solidarité de l’élite intellectuelle. À travers des témoignages de proches, d’écrivains et de figures culturelles, dont le réalisateur Moussa Ouane — seul à l’avoir interviewé au Mali —, le documentaire dresse le portrait d’un créateur de génie, longtemps incompris.
Plus qu’un simple récit biographique, l’œuvre de Kalilou Sy établit un lien entre le texte fondateur de 1968 et le silence choisi par l’écrivain, interprété comme une forme ultime de résistance.
À l’issue de la projection, le Premier ministre a exprimé sa fierté et rendu un hommage appuyé à Yambo Ouologuem. Il a évoqué une triple reconnaissance : celle de son talent, celle de l’injustice qu’il a subie, et celle de l’universalité de son combat pour la dignité humaine.
Le Chef du gouvernement a également salué le travail du réalisateur, soulignant l’importance de cette démarche de réhabilitation. Il a rappelé que, pour le Mali, Yambo Ouologuem « n’est jamais tombé de son piédestal », citant notamment le baptême de l’Université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako qui porte désormais son nom, comme symbole de cette reconnaissance durable.
Haoua SANGARÉ
LETJIKAN




.jpg)












Commentaires