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Présidentielle 2025 au Cameroun : à 92 ans, Paul Biya brigue un huitième mandat dans un climat de défiance et d’incertitude

Paul Biya
Paul Biya

Yaoundé, le 11 octobre 2025 – « Quarante-trois ans au pouvoir, c’est une vie entière pour une génération », lance, désabusé, un jeune électeur croisé dans les rues de Yaoundé, à la veille du scrutin présidentiel du 12 octobre 2025. À 92 ans, Paul Biya, plus vieux chef d’État en exercice au monde, tente de rempiler pour un huitième mandat consécutif à la tête du Cameroun.

Un scrutin à un tour sous tension

Arrivé au pouvoir en 1982, Paul Biya reste le grand favori d’une élection à un seul tour, où onze autres candidats sont en lice. Parmi eux, Issa Tchiroma Bakary, 79 ans, ancien ministre et ex-allié du président sortant, s’impose comme son principal adversaire. Après avoir quitté le gouvernement en juin, Tchiroma a rejoint l’opposition et attire un engouement populaire inattendu, notamment dans sa région natale du Grand Nord, où ses rassemblements ont réuni des milliers de partisans enthousiastes.

En face, Paul Biya s’est fait rare durant la campagne, n’apparaissant publiquement que mardi dernier, lors d’un meeting dans cette même région stratégique, deuxième plus grand bassin électoral du pays avec plus d’un million d’inscrits. Le contraste n’a pas échappé aux observateurs : foule clairsemée pour Biya, mobilisation massive pour Tchiroma.

Un appareil d’État toujours redoutable

Pour le politologue Stéphane Akoa, interrogé par l’AFP, il ne faut « pas être naïf » : « Le système en place dispose de tous les leviers pour orienter les résultats ». Il souligne toutefois que cette campagne, « plus animée que les précédentes », témoigne d’un renouveau d’intérêt politique, notamment au sein de la jeunesse camerounaise, désireuse de faire entendre sa voix malgré un taux de pauvreté de 40 % et un chômage urbain avoisinant 35 %.

Conflit anglophone et défi sécuritaire

La campagne s’est néanmoins déroulée dans un contexte sécuritaire fragile, marqué par les violences persistantes dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Les affrontements entre forces gouvernementales et groupes séparatistes risquent de perturber le vote dans plusieurs localités, où la participation pourrait être très faible.

Des doutes sur la transparence du scrutin

Le Conseil constitutionnel doit proclamer les résultats définitifs avant le 26 octobre. En 2018, Paul Biya l’avait officiellement emporté avec plus de 71 % des suffrages, un score largement contesté par l’opposition et plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch, qui dénonçaient déjà des irrégularités et un manque de transparence. Ces mêmes inquiétudes refont surface à la veille du vote.

Entre stabilité revendiquée et désir d’alternance

Le pouvoir met en avant la stabilité politique acquise sous la présidence de Biya, qualifié de « père de la nation ». En face, l’opposition promet une transition pacifique et l’ouverture d’une nouvelle ère politique.

Alors que le Cameroun s’apprête à voter, une question domine : le doyen des chefs d’État africains atteindra-t-il la limite de sa longévité politique, ou parviendra-t-il, une fois encore, à prolonger un règne entamé il y a près d’un demi-siècle ?

 Source: Afrik.Com


Haoua Sangaré

LETJIKAN

 


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