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Somalie : une crise humanitaire majeure entre épidémies, famine et effondrement du système de santé

  • il y a 6 jours
  • 4 min de lecture

La Somalie traverse l’une des crises humanitaires les plus graves de son histoire récente. Selon l’analyse de situation sanitaire publiée le 4 mars 2026 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Health Cluster, le pays fait face simultanément à plusieurs urgences : insécurité alimentaire massive, épidémies multiples et risque d’effondrement du système de santé. Aujourd’hui, près d’un Somalien sur trois souffre d’insécurité alimentaire aiguë, tandis que des centaines d’établissements sanitaires sont menacés de fermeture faute de financement.

Une insécurité alimentaire qui frappe un tiers de la population

Entre février et mars 2026, environ 6,5 millions de personnes, soit près d’un tiers de la population somalienne, vivent dans une situation d’insécurité alimentaire aiguë, selon la dernière analyse de la Classification intégrée de la sécurité alimentaire (IPC). Ce chiffre a presque doublé depuis août 2025.

Parmi elles, plus de deux millions de personnes se trouvent en phase d’urgence (phase 4), un niveau critique proche de la famine. Les enfants paient le prix le plus lourd de cette crise. L’OMS estime que 1,84 million d’enfants âgés de 6 à 59 mois souffriront de malnutrition aiguë en 2026, dont 483 000 cas sévères nécessitant un traitement vital.

La capacité de prise en charge s’effondre parallèlement. Faute de financement, 125 centres de traitement de la malnutrition sévère et 360 sites de prise en charge modérée

 ont déjà fermé. L’ONG International Rescue Committee (IRC) avait déjà signalé une hausse de 42 % des cas de malnutrition aiguë entre 2024 et 2025.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) alerte également sur le risque d’arrêt de ses opérations d’aide alimentaire d’urgence. Depuis début 2025, le nombre de bénéficiaires est passé de 2,2 millions à seulement 600 000, soit à peine une personne sur sept parmi celles qui en ont besoin.

Une sécheresse historique aggrave la catastrophe

Cette crise alimentaire est largement alimentée par une sécheresse exceptionnelle, particulièrement dans le nord du pays. Les régions septentrionales connaissent une quatrième saison des pluies consécutive déficitaire, avec des précipitations inférieures de 60 % à la moyenne, un phénomène inédit depuis 1981.

Les températures oscillant entre 35 et 40°C accélèrent l’assèchement des pâturages et des points d’eau. Au Puntland, 80 % des réservoirs d’eau (berkads) sont déjà à sec, tandis que le prix d’un fût de 200 litres d’eau atteint 12 à 15 dollars.

Dans certaines régions agricoles, jusqu’à 85 % des terres cultivées ont été détruites, entraînant une chute de 20 à 30 % des rendements de sorgho et de maïs. Au total, 4,61 millions de personnes sont affectées par la sécheresse, dont plus de 490 000 déplacées.

Le gouvernement somalien avait déjà déclaré l’état d’urgence sécheresse le 10 novembre 2025. Les prévisions climatiques liées au phénomène La Niña laissent craindre des conditions encore plus chaudes et sèches en 2026.

Trois épidémies frappent simultanément le pays


À cette crise alimentaire s’ajoute une convergence d’épidémies. Le choléra et les diarrhées aqueuses aiguës ont causé plus de 8 900 cas et neuf décès fin 2025, touchant majoritairement des enfants de moins de cinq ans.

La rougeole reste également endémique. 7 582 cas ont été recensés en 2025, et 1 665 cas suspects ont déjà été signalés durant les quatre premières semaines de 2026. Les enfants de moins de cinq ans représentent 72 % des infections.

La diphtérie constitue une autre menace majeure. En 2025, 3 655 cas et 143 décès ont été enregistrés dans 65 districts, et la transmission se poursuit en 2026.

Par ailleurs, d’autres maladies progressent rapidement. Les cas de paludisme ont augmenté de 59 % entre 2024 et 2025, tandis que la dengue a plus que triplé sur la même période. Les autorités sanitaires craignent également une possible introduction du virus de Marburg, récemment signalé dans l’Éthiopie voisine.

Un système de santé proche de l’effondrement

Le système de santé somalien, largement dépendant de l’aide internationale, est aujourd’hui menacé d’effondrement. 95 % de son financement provient de partenaires extérieurs, alors que le plan humanitaire de 2025 n’était financé qu’à 27 %.

Conséquence directe : 618 établissements de santé, dont 51 hôpitaux de district, 413 centres de santé et 154 unités de soins primaires, risquent de fermer en 2026. Certaines structures ont déjà cessé leurs activités après l’avancée de groupes armés.

Le pays souffre également d’une pénurie critique de personnel médical, avec moins d’un professionnel de santé pour 1 000 habitants. Dans les zones rurales, l’accès aux soins reste extrêmement limité.

Des millions de déplacés dans des conditions précaires

La crise humanitaire est aggravée par les déplacements massifs de population. En 2025, la Somalie comptait environ 3,5 millions de déplacés internes, l’une des populations déplacées les plus importantes au monde.

La sécheresse est responsable de 52 % des déplacements, tandis que les conflits en représentent 44 %. Les camps de déplacés, souvent surpeuplés, deviennent des foyers de propagation pour les maladies infectieuses.

Les violences liées au groupe Al-Shabaab persistent également. Plus de 7 700 décès liés aux conflits ont été enregistrés durant les neuf premiers mois de 2025, contre 5 554 en 2024.

Un appel urgent à la mobilisation internationale

Face à l’ampleur de la crise, le Plan de réponse humanitaire 2026 (HNRP) prévoit un financement de 852 millions de dollars pour venir en aide à 2,4 millions de personnes. Le Health Cluster, pour sa part, sollicite 80 millions de dollars afin de couvrir les besoins sanitaires de 5 millions de personnes.

Cependant, malgré les 859 000 consultations médicales déjà réalisées en janvier 2026, les efforts restent très en deçà des besoins.

Classée premier pays au monde sur l’indice INFORM de risque humanitaire (8,9 sur 10), la Somalie illustre la convergence de crises climatiques, sécuritaires, sanitaires et financières. Les organisations internationales préviennent que sans mobilisation rapide des bailleurs, les progrès réalisés ces dernières années dans la lutte contre certaines maladies pourraient être rapidement anéantis, avec des conséquences dramatiques pour des millions de personnes.

 

Source: Afrik.Com

 

 

Haoua SANGARÉ

 LETJIKAN

 


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