Sénégal : les rémunérations des directeurs de sociétés publiques au cœur des interrogations
- Amadou Diallo
- 19 sept. 2025
- 2 min de lecture

« On nous demande de serrer la ceinture, mais certains vivent comme des rois », fulmine Mamadou Diop, enseignant à la retraite rencontré à Pikine. Dans un contexte économique marqué par la dégradation de la note souveraine du pays et le gel d’un nouvel accord avec le FMI, les salaires des directeurs généraux de sociétés publiques suscitent de vives critiques.
Des plafonds partiels et contournés
Sous Macky Sall, l’État avait instauré un plafond de 5 millions FCFA pour les dirigeants d’agences de catégorie 1, assorti de primes et indemnités encadrées. Mais cette mesure n’a jamais été étendue aux sociétés publiques, créant une disparité dénoncée par de nombreux observateurs. Selon plusieurs sources, le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), Fadilou Keita, percevrait jusqu’à 7 millions FCFA par mois, soit davantage que le président de la République, rémunéré à 4,8 millions FCFA.
Pour l’économiste Ndèye Arame Gaye, « l’absence de cadre légal précis a ouvert la voie à une liberté totale de fixation des salaires, souvent déconnectée de la réalité économique du pays ».
Quand les sociétés publiques rivalisent avec l’État
Ces rémunérations, parfois supérieures à celles des ministres ou du Premier ministre, alimentent l’indignation. « Je crée de l’emploi et je paie mes impôts, mais je découvre que des DG de sociétés déficitaires touchent 7 ou 8 millions par mois. Où est la justice ? », s’insurge Matar Sarr, entrepreneur.
Les indemnités de départ ajoutent à la controverse. En 2020, Me Moussa Diop, ex-directeur de Dakar Dem Dikk, aurait perçu 120 millions FCFA en quittant ses fonctions, malgré la situation déficitaire et subventionnée de l’entreprise. À titre de comparaison, un ministre bénéficie au maximum de six mois de salaire, soit environ 23 millions FCFA.
Une promesse de rupture sous surveillance
Élu sur la promesse de changement, le président Bassirou Diomaye Faye, accompagné de son Premier ministre Ousmane Sonko, est attendu sur ce dossier sensible. Jusqu’ici, aucune mesure n’a été annoncée pour plafonner ou encadrer les rémunérations des dirigeants de sociétés publiques. « La légitimité de ce pouvoir dépendra de sa capacité à traduire ses engagements en actes concrets », estime l’analyste politique Cheikh Fall.
L’absence de transparence autour des salaires dans des structures clés comme l’APIX, l’ARTP ou la LONASE suscite des interrogations. « Ces sociétés fonctionnent grâce à l’argent public. Une loi encadrant les rémunérations s’impose », plaide Aminata Ndiaye, étudiante.
Le défi de la cohérence
Pour l’économiste Pape Samba Koné, « tant que l’élite continue à s’auto-servir, les appels à la rigueur resteront sans effet. La rationalisation doit être visible et mesurable ».
À l’heure où l’État appelle les citoyens à soutenir le « Plan Sénégal 2050 », la population attend un signal fort. Reste à savoir si les prochains décrets présidentiels marqueront une rupture avec le train de vie fastueux des directeurs de sociétés publiques, ou s’ils prolongeront une pratique jugée indécente par une partie de l’opinion.
Source: Afrik.Com
Haoua Sangaré
LETJIKAN








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