Togo : l’Acat alerte sur une dérive répressive depuis l’entrée en vigueur de la Cinquième République
- Amadou Diallo
- 25 nov. 2025
- 2 min de lecture

« On ne peut pas se taire quand des citoyens sont emprisonnés pour avoir parlé ». Cette déclaration d’un responsable de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat) illustre le climat de tension qui entoure aujourd’hui la situation des droits humains au Togo. Depuis la mise en place de la Cinquième République, en mai 2025, l’organisation observe une multiplication des signaux qu’elle considère comme préoccupants et appelle désormais publiquement à une réaction.
Un changement institutionnel suivi d’une vague d’arrestations
La réforme ayant transformé le Togo en République parlementaire, conférant un rôle central au président du Conseil, a provoqué dès juin des manifestations dont la répression a marqué un tournant, selon l’Acat.
L’ONG affirme que 48 personnes sont actuellement détenues pour avoir contesté la pérennité du système politique, incarné par le président Faure Gnassingbé. Activistes, membres de mouvements citoyens ou simples manifestants seraient poursuivis pour « trouble à l’ordre public » ou « atteinte à la sûreté de l’État », des accusations que l’organisation juge injustifiées.
Entre juillet et septembre, l’Acat recense 133 interpellations, notamment parmi des jeunes de la mouvance « Gen Z Togo », pour des publications critiques ou des participations à des rassemblements pacifiques.
Des détentions qualifiées d’arbitraires et des cas de torture rapportés
L’Acat, appuyée par un collectif d’avocats africains, évoque des détentions qu’elle qualifie d’arbitraires ainsi que des « actes de torture établis », affirmant que les conditions d’incarcération ne respectent pas les standards internationaux.
Le cas du Franco-Togolais Steeve Rouyar, arrêté le 6 juin après des prises de parole publiques et désormais sous la menace d’une peine pouvant atteindre 30 ans de prison, est cité par l’ONG comme emblématique.
Plusieurs personnalités connues figurent parmi les 48 détenus mentionnés : le créateur de contenu René Missode Koffi, l’activiste Foly Satchivi — dont l’état de santé se dégraderait — ou encore Armand Agblézé et Oséi Agbagno du mouvement Tournons la Page. La sage-femme et militante Grâce Koumayi Bikonibiyate est également concernée. L’Acat parle d’« arrestations ciblées ».
Le silence des partenaires internationaux suscite l’incompréhension
L’organisation déplore l’absence de réaction significative de la part des partenaires du Togo, notamment l’Union européenne, la France et la Cédéao.
Pour Clément Boursin, responsable des programmes Afrique à l’Acat France, les acteurs internationaux privilégieraient « la stabilité du régime » au détriment de la défense des libertés fondamentales, un silence perçu par l’ONG comme un facteur d’impunité.
Une situation susceptible de s’aggraver
Faute de pression extérieure et alors que la justice est accusée d’être instrumentalisée par plusieurs organisations de défense des droits humains, la société civile redoute une intensification de la répression.
L’Acat réclame la libération immédiate des détenus ainsi que l’ouverture d’enquêtes indépendantes. Reste à savoir si cet appel sera entendu dans un contexte marqué par une montée de la peur et par les difficultés persistantes de l’opposition à faire entendre sa voix.
Source: Afrik.Com
Haoua SANGARÉ
LETJIKAN








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