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Audit du financement des partis politiques : plus de quatre milliards de francs CFA sans justificatifs au Mali


Le financement des partis politiques au Mali révèle des dysfonctionnements majeurs. Lors d’une conférence de presse tenue ce lundi 29 décembre 2025 à la Cour suprême, Abdoulaye Sow, président de la Section des comptes, a dévoilé les conclusions d’un audit couvrant vingt-cinq années de gestion financière des formations politiques. Une mission inédite, lancée à la demande du Premier ministre, dans le cadre des recommandations issues des concertations nationales des forces vives, y compris celles de la diaspora malienne.

Un panorama politique dense mais opaque

Sur les 295 partis recensés par le ministère de l’Administration territoriale, moins de la moitié ont respecté au moins une fois leur obligation de rendre compte. 144 partis seulement ont transmis un compte de gestion à la Section des comptes entre 2000 et 2025.

Ces partis déclarent avoir mobilisé plus de 42 milliards de francs CFA, pour des dépenses avoisinant 41 milliards. Mais derrière ces chiffres se cache une réalité préoccupante : une part significative des ressources et des dépenses n’est appuyée par aucune preuve comptable conforme.

L’aide publique : principale source… et principal problème

L’audit souligne une forte dépendance des partis à l’aide de l’État. Plus de 24 milliards de francs CFA proviennent directement des fonds publics, contre 16,6 milliards issus de ressources propres. Certains partis ont même bénéficié de subventions sans jamais déposer de comptes ou sans les intégrer dans leur comptabilité. Des écarts apparaissent également entre les chiffres déclarés par l’État (près de 26 milliards distribués) et ceux transmis par les partis bénéficiaires.

Dons occultes et dépenses non justifiées Les flux financiers non tracés sont également alarmants. Plus de 3 milliards de francs CFA de ressources ne sont étayés par aucune pièce comptable probante. À cela s’ajoutent des dons et libéralités dépassant 90 millions de francs CFA, jamais déclarés à l’autorité de tutelle.

Côté dépenses, plus de 4,3 milliards de francs CFA ont été engagés sans documents conformes, rendant impossible toute vérification sérieuse de leur utilisation.

Une mission d’utilité publique difficile à démontrer

Interrogé sur l’application de la mission d’utilité publique, souvent invoquée pour justifier le soutien de l’État, Abdoulaye Sow a précisé qu’il ne s’agissait pas de nier l’action des partis, mais que la majorité n’a pas produit de preuves documentées de leurs activités lors du contrôle.

Vers une refonte du financement politique

Face à ces manquements, la Section des comptes appelle à une réflexion de fond sur l’avenir du financement public des partis : maintien ou non des subventions, critères d’éligibilité, règles de répartition et justification des dépenses.

La juridiction recommande également l’introduction de sanctions claires et dissuasives dans la future charte des partis, afin que l’aide publique ne soit plus accordée sans obligation de transparence.

Alors que le Mali s’engage dans une refondation de son système politique, ce rapport pourrait marquer un tournant : la survie des partis dépendra désormais de leur capacité à rendre des comptes à la nation, et non seulement de leur existence légale.

 

Haoua SANGARÉ

 

 LETJIKAN

 

 


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