top of page

Justice – Corruption et délinquance financière : les lourdes condamnations liées à la gouvernance sous IBK

  • 30 mars
  • 3 min de lecture

Bamako – Le Mali vient de connaître un tournant judiciaire majeur dans la lutte contre la corruption. En l’espace de quelques semaines, la Cour d’assises spéciale de Bamako et la chambre criminelle du pôle national économique et financier ont rendu leurs verdicts dans deux affaires emblématiques de la gouvernance sous l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK).

 

Entre le dossier « Paramount-Embraer » et celui de l’acquisition controversée de l’avion présidentiel, la justice malienne affiche une fermeté inédite, sous l’impulsion des autorités de la transition, dans la poursuite des anciens responsables accusés de détournement de deniers publics.

L’affaire « Paramount-Embraer » : lourdes peines contre d’anciens dignitaires

Après trois mois de débats, la Cour a rendu son verdict le 27 mars 2026. L’ancien Premier ministre Boubou Cissé a été condamné à vingt ans de réclusion criminelle. La même peine a été infligée à plusieurs personnalités de premier plan, notamment Tiéman Hubert Coulibaly (ex-ministre de la Défense), Mamadou Igor Diarra (ancien ministre de l’Économie), Babaly Bah (ex-directeur de la Banque malienne de solidarité – BMS) et Mamadou Lamine Diakité.

Tous ont été reconnus coupables de faux, usage de faux et atteinte aux deniers publics. Résidant à l’étranger, ils ont été jugés par contumace.

Par ailleurs, Tiéna Coulibaly, ancien ministre de l’Économie, ainsi que plusieurs hauts gradés des Forces armées maliennes (FAMa), dont les généraux Bemba Moussa Keïta, Souleymane Bamba et Moustapha Drabo, le colonel-major Abdoul Wahab Touré et Abou Berthé, ont été reconnus coupables de complicité et condamnés à sept ans de prison.

En revanche, plusieurs accusés, dont Mamadou Nampala Traoré, Nouhoum Dabitao, Bougadaly Bah, Mamourou Togo, Mahamane Touré, Aminata Doho et Mahamadou Kiné, ont été acquittés faute de preuves suffisantes.

Sur le plan financier, les principaux condamnés devront solidairement verser 3,747 milliards de FCFA correspondant aux fonds non justifiés, ainsi que 2 milliards de FCFA à titre de dommages et intérêts à l’État. Ils disposent toutefois d’un droit de recours devant la Cour suprême.

Un dossier enraciné dans la LOPM de 2015

Les faits remontent à la Loi d’orientation et de programmation militaire (LOPM) adoptée en 2015. Dans un contexte sécuritaire dégradé, l’État malien avait conclu un contrat d’environ 60 millions de dollars avec les sociétés Paramount (Afrique du Sud) et Embraer (Brésil) pour l’acquisition d’équipements militaires et la réhabilitation d’aéronefs.

Des soupçons de surfacturation et d’irrégularités dans les procédures d’attribution, ainsi que des détournements présumés via la BMS, avaient rapidement émergé. Après le coup d’État de 2020, les audits engagés par les autorités de transition ont mis en évidence d’importantes anomalies, conduisant à l’émission de mandats d’arrêt internationaux en juillet 2022.

Si le ministère public avait requis la réclusion à perpétuité contre certains accusés, les peines prononcées marquent néanmoins une rupture notable : c’est la première fois qu’un ancien Premier ministre est condamné à une peine aussi lourde pour des faits de corruption au Mali.

Affaire de l’avion présidentiel : Fily Sissoko condamnée à 10 ans de prison

Quelques mois plus tôt, le 8 juillet 2025, la Cour d’assises spéciale de Bamako avait déjà statué sur un autre dossier sensible : l’achat controversé du Boeing 737 présidentiel et d’équipements militaires associés.

À l’issue de huit semaines de procès, l’ancienne ministre de l’Économie et des Finances, Bouaré Fily Sissoko, a été condamnée à dix ans de prison ferme et à une amende de 500 000 FCFA pour faux et atteinte aux biens publics.

Son coaccusé Nouhoum Dabitao a écopé de sept ans de prison, d’une amende de 300 000 FCFA, et a été condamné à verser 2 milliards de FCFA de dommages et intérêts à l’État.

En revanche, Mahamadou Camara et Moustapha Drabo ont été acquittés et remis en liberté.

Dans ce dossier également, plusieurs accusés absents, dont Sidi Mohamed Kagnassy, Nouhoum Kouma, Amadou Kouma, Soumaïla Diaby et Moustapha Ben Barka, ont été condamnés par contumace à la réclusion à perpétuité pour des faits de corruption et de favoritisme.

 

 

La rédaction

LETJIKAN


Commentaires


sama-money-300 (1).jpg
bottom of page