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Mali : entre pénurie de carburant, recrudescence des attaques jihadistes et tensions politiques, le pays s’enfonce dans la crise


Au Mali, la combinaison d’une pénurie de carburant imposée par les groupes jihadistes, de l’intensification des attaques dans le sud et d’un climat politique de plus en plus tendu plonge le pays dans une situation critique. Alors que les autorités de Transition appellent à l’unité nationale, l’opposition dénonce une dérive autoritaire dissimulée derrière l’argument sécuritaire. Dans ce contexte, de nombreuses voix critiques — souvent réduites au silence ou contraintes à l’exil — appellent à un « sursaut démocratique ».


Un climat politique étouffant face à la menace jihadiste

Depuis plusieurs semaines, les attaques du Jnim (groupe affilié à al-Qaïda) s’intensifient et s’étendent vers le sud, longtemps relativement épargné. Parallèlement, le blocus imposé par les jihadistes sur l’approvisionnement en carburant provoque des perturbations majeures, paralysant les transports, l’activité économique et une partie des services essentiels.

Dans un message diffusé le 11 novembre, l’ancien ministre de la Justice Mamadou Ismaïla Konaté a exhorté les Maliens à « ouvrir les yeux » et à ne pas accepter ce qu’il décrit comme un « choix impossible entre jihadisme, islamisme et autoritarisme militaire ». Il accuse la junte de confisquer le pouvoir depuis plus de cinq ans sans organiser d’élections.

Son appel s’inscrit dans une série de prises de position provenant majoritairement de personnalités en exil, dans un contexte où la critique publique est de plus en plus risquée. L’arrestation suivie de la condamnation de l’ancien Premier ministre Moussa Mara illustre ce durcissement. Sur place, les voix critiques se font rares.

Me Mountaga Tall, figure historique du mouvement démocratique, met néanmoins en garde contre une « résilience interminable » de la population qui, selon lui, pourrait tôt ou tard se muer en révolte. Il plaide pour l’ouverture d’un dialogue avec les groupes armés maliens, en rupture totale avec la ligne exclusivement militaire défendue par les autorités de Transition.

 

Une crise de carburant qui paralyse le pays

Depuis plus de deux mois, le blocus imposé par le Jnim perturbe gravement la distribution de carburant. Dans la capitale, véhicules immobilisés, files d’attente interminables et ralentissement des activités économiques témoignent de la gravité de la situation. L’extension des attaques dans le sud ajoute à l’inquiétude.

La Transition minimise et appelle à l’unité

Face à ces difficultés, les autorités martèlent un discours appelant à la cohésion nationale. « Nous devons rester unis et éviter la panique », déclarait début novembre le chef de l’État, le colonel Assimi Goïta.

Le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop, lui, nie l’existence d’un blocus et évoque de simples « perturbations ». Son collègue des Affaires religieuses, Mahamadou Koné, va jusqu’à accuser des pays occidentaux d’être à l’origine de la crise, sans en apporter la preuve.

Cette ligne de communication, qui assimile toute critique à un soutien aux terroristes ou à leurs « relais étrangers », demeure un pilier du discours gouvernemental.

Un dilemme pour les citoyens

De nombreux Maliens se sentent pris au piège :

– critiquer la Transition, c’est risquer d’être accusé de soutenir les jihadistes ;

– la soutenir revient à cautionner une situation sécuritaire et politique qui ne s’améliore pas.

« Quand on soutient les gouvernants, on est patriote ; quand on ne les soutient pas, on est qualifié d’ennemi de la nation », résume l’avocat et politologue Oumar Berté.


Une rhétorique souverainiste toujours efficace

Depuis 2020, la junte attribue l’origine des crises successives à des puissances étrangères, en particulier à la France, régulièrement désignée comme responsable indirecte de l’instabilité. Un discours souverainiste qui continue de trouver un écho auprès d’une partie de la population, renforcé par certains reportages étrangers jugés sensationnalistes.

Un pays enlisée dans une crise multidimensionnelle

Entre la pression jihadiste, l’impasse politique et un discours gouvernemental qui tolère de moins en moins la contestation, le Mali traverse l'une des phases les plus délicates de sa Transition. Les appels à un retour à l’ordre constitutionnel se heurtent à un pouvoir qui assimile toute remise en cause à une menace contre la sécurité nationale.

L’avenir apparaît incertain : entre attentes populaires, isolement diplomatique et défis sécuritaires persistants, la population demeure la première victime d’un blocus qui accentue encore la précarité économique.

 

Haoua SANGARÉ

LETJIKAN


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