RDC: La liberté de la presse en grave danger dans l'Est du pays
- 27 mars
- 2 min de lecture

La liberté de la presse connaît une détérioration préoccupante dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), selon un rapport publié le 26 mars 2026 à Kinshasa par l’ONG Reporters sans frontières (RSF). Intitulé « Dans la peau d’un journaliste des Grands Lacs », le document met en lumière un environnement de plus en plus hostile pour les professionnels des médias, sur fond d’intensification du conflit armé.
Un climat sécuritaire de plus en plus dangereux
D’après RSF, l’est de la RDC s’impose aujourd’hui comme l’une des zones les plus périlleuses du continent pour les journalistes. Depuis 2021, la recrudescence des
affrontements dans cette région stratégique a fortement aggravé les risques encourus par les professionnels de l’information.
Le bilan dressé par l’organisation est particulièrement préoccupant. Sur environ 500 journalistes arrêtés dans la région des Grands Lacs au cours des dix dernières années, plus de la moitié l’ont été en RDC. Par ailleurs, cinq journalistes ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions depuis 2021, dont quatre dans les provinces orientales du pays.
La situation s’est encore détériorée après la prise de villes clés comme Goma et Bukavu par le mouvement rebelle M23 au début de l’année 2025. Dans ces zones, les médias sont soumis à un contrôle strict et les voix critiques sont réduites au silence. RSF rapporte également des cas de détentions arbitraires dans des conditions particulièrement précaires.
Des journalistes pris entre deux fronts
Le rapport souligne que les journalistes évoluent dans un contexte de fortes pressions exercées à la fois par les groupes armés et les forces gouvernementales. « Pris entre l’enclume du M23 et le marteau des FARDC », selon l’expression de Jeanne Lagarde, responsable du plaidoyer pour l’Afrique subsaharienne à RSF, les professionnels des médias font face à des injonctions contradictoires et à des risques constants.
Dans les zones contrôlées par le M23, des tentatives d’endoctrinement et de contrôle des contenus médiatiques sont signalées. À l’inverse, les autorités congolaises et l’armée accusent parfois les journalistes de collusion avec l’ennemi, notamment lorsqu’ils traitent de sujets sensibles liés au conflit. Cette double pression contraint de nombreux journalistes à fuir vers des zones plus sûres, voire à abandonner leur métier.
Une guerre de l’information et des restrictions accrues
Au-delà des violences physiques, RSF met en avant une intensification de la guerre de l’information dans la région. La désinformation, alimentée par les différentes parties au conflit, complique davantage le travail des médias.
L’organisation pointe également le rôle du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), accusé de prendre des mesures restrictives assimilées à une forme de censure, notamment dans le cadre de la régulation des contenus liés à la guerre.
À ces contraintes s’ajoute une précarité économique persistante qui fragilise les organes de presse, augmentant la vulnérabilité des journalistes face aux pressions politiques et financières.
Un exercice du métier de plus en plus risqué
Dans ce contexte, produire une information indépendante, fiable et équilibrée devient un défi majeur. RSF appelle à une mobilisation accrue pour garantir la protection des journalistes et préserver la liberté de la presse dans une région où informer peut désormais coûter la vie.
Haoua SANGARÉ
LETJIKAN




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