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Sénégal : journée de violences à l’Ucad, une université plongée dans le chaos


Dakar – L’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar a traversé, le lundi 9 février 2026, l’une des journées les plus sombres de son histoire. Une mobilisation étudiante contre les retards de paiement des bourses s’est muée en affrontements d’une violence inédite au cœur même du campus, faisant un mort et des centaines de blessés. La communauté universitaire, profondément choquée, réclame désormais vérité et justice.

 Depuis plusieurs semaines, les étudiants dénonçaient le non-versement d’arriérés de bourses, un problème récurrent dans l’enseignement supérieur sénégalais. Mais ce lundi, la tension a franchi un seuil critique. L’intervention massive des forces de l’ordre à l’intérieur du campus social a transformé ce lieu de savoir en un véritable champ de bataille, marqué par des scènes de panique et de désolation.

Un étudiant tué, le campus sous le choc

En début de soirée, la nouvelle de la mort d’un étudiant s’est rapidement propagée. La victime, Abdoulaye Ba, 25 ans, étudiant en deuxième année de chirurgie dentaire, originaire de Matam, ne participait pas aux manifestations, selon plusieurs témoignages. « Il était dans sa chambre en train de réviser », confie Moussa Ndiaye, étudiant en médecine. « Sa mort est incompréhensible et révoltante ».

Tout au long de la journée, des véhicules blindés ont pénétré dans l’enceinte universitaire, une situation exceptionnelle qui a profondément choqué les étudiants. Des gaz lacrymogènes ont été utilisés jusque dans les résidences universitaires. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses vidéos montrent des étudiants suffoquant, fuyant les couloirs enfumés ou tentant d’échapper aux flammes après le déclenchement d’un incendie dans un bâtiment.

Des structures médicales débordées

L’infirmerie du campus a été rapidement saturée par l’afflux de blessés. Plus d’une centaine de personnes ont été prises en charge, certaines soignées sur place, d’autres transférées à l’hôpital Fann. « Les blessés arrivaient en masse », témoigne Cheikh, étudiant en médecine mobilisé pour les premiers secours. « Fractures, traumatismes thoraciques, atteintes aux yeux… Nous faisions face à une situation de chaos total ».

Face à l’escalade des violences, de nombreux étudiants ont quitté précipitamment le campus, parfois dans un climat de panique. « Avec les gaz, je ne pouvais plus respirer », raconte Fatima, étudiante en sciences, en route pour Kaolack. « Je suis asthmatique. C’est la première fois que je vis une telle violence à l’université ».

La question des bourses au cœur de la colère

À l’origine de la mobilisation, la question des arriérés de bourses reste entière. Malgré la réouverture partielle des restaurants universitaires dans la matinée, la colère étudiante ne s’est pas apaisée. « Réclamer le paiement de nos bourses est devenu dangereux », déplore Ibrahima, étudiant en lettres. « Le campus social devrait rester un espace protégé, pas un terrain d’intervention policière ».

Les étudiants avaient annoncé des « journées sans ticket », refusant de payer leurs repas pour attirer l’attention sur leurs revendications. Une action qu’ils qualifient de symbolique, mais que les autorités auraient interprétée comme une provocation. « Nous voulions être entendus, pas provoquer des affrontements », insiste Mariama, étudiante en langues. « La fermeture des restaurants et l’intervention des forces de l’ordre ont fait dégénérer la situation ».

Campus fermé, réactions politiques en chaîne

Mardi, les autorités ont annoncé la fermeture du campus social jusqu’à nouvel ordre pour des raisons de sécurité. Les étudiants ont été sommés de quitter les lieux, tandis que le Centre des œuvres universitaires a promis la mise en place d’un dispositif de suivi psychologique. « Le calme est revenu, mais le traumatisme est profond », confie Ousmane, doctorant en sciences politiques. « Cette fermeture ressemble à un aveu d’échec collectif ».

Sur le plan politique, les réactions n’ont pas tardé. Le Syndicat autonome de l’enseignement supérieur a exigé le retrait immédiat des forces de l’ordre du campus, rappelant que « l’université doit rester un sanctuaire du savoir ». L’Alliance pour la République, parti de l’ancien président Macky Sall, a dénoncé le franchissement d’une « ligne rouge » et réclamé la démission du ministre de l’Intérieur.

Vérité et justice attendues

L’opposant Khalifa Sall a qualifié les événements de « scènes profondément indignes », tandis que le gouvernement a présenté ses condoléances à la famille d’Abdoulaye Ba et promis de faire toute la lumière sur les circonstances du drame. Une autopsie a été annoncée par l’amicale de la faculté de médecine, qui assure vouloir accompagner la famille dans toutes les démarches judiciaires.

Pour de nombreux étudiants, cette tragédie constitue un point de rupture. « Abdoulaye aurait pu être n’importe lequel d’entre nous », confie un camarade. « On ne peut pas tourner la page sans vérité ni justice ».

 

Source : Afrik.Com

 

Haoua SANGARÉ

 LETJIKAN


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