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Sénégal : l’affaire Farba Ngom, un dossier judiciaire aux lourds enjeux politiques

La pression judiciaire s’accentue sur Farba Ngom, ancien député de Matam et figure influente de l’ancien régime de Macky Sall. Convoqué à plusieurs reprises ces derniers jours par la justice, l’ex-parlementaire se retrouve au centre d’une affaire aux implications politiques majeures. Tandis que l’opposition dénonce un harcèlement judiciaire, les nouvelles autorités sénégalaises réaffirment leur détermination à poursuivre la lutte contre les biens mal acquis.

Depuis l’alternance démocratique de mars 2024, l’affaire Farba Ngom cristallise les tensions et met en lumière les profondes fractures qui traversent la scène politique sénégalaise. Ancien maire d’Agnam et pilier de l’Alliance pour la République (APR), Farba Ngom est accusé de détournements massifs de fonds publics, portant sur plusieurs milliards de francs CFA, liés à sa gestion municipale.

Selon des sources judiciaires, l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC), en collaboration avec les services compétents, aurait constitué un dossier étayé faisant état d’irrégularités dans l’attribution de marchés publics et de contrats durant son mandat. La levée récente de son immunité parlementaire par une Assemblée nationale désormais dominée par le parti Pastef ouvre la voie à des poursuites judiciaires formelles.

Au-delà des faits reprochés, la dimension politique du dossier lui confère un caractère particulièrement sensible. Proche de l’ancien président Macky Sall, Farba Ngom est perçu par les autorités actuelles comme l’un des symboles des dérives du régime précédent. Pour le pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko, cette procédure s’inscrit dans une dynamique de reddition des comptes et de moralisation de la gestion publique, au cœur de leur projet politique.

À l’inverse, l’opposition dénonce une « chasse aux sorcières » ciblant les cadres de l’APR, déjà affaiblis par leur défaite électorale. Ses responsables estiment que ces poursuites visent à neutraliser politiquement leurs adversaires et pointent une multiplication de procédures contre plusieurs figures de l’ancien pouvoir, alimentant le débat sur une éventuelle instrumentalisation de la justice.

Cette affaire intervient dans un contexte délicat pour le Sénégal, longtemps cité en exemple pour sa stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest. L’équilibre entre l’exigence de justice et la préservation des libertés politiques apparaît aujourd’hui fragile, au moment où le pays amorce une phase de recomposition politique profonde.

Les prochaines semaines seront déterminantes. L’éventuelle ouverture d’un procès constituerait, selon de nombreux observateurs, un test majeur pour l’indépendance de la justice sénégalaise et pour la capacité du nouveau pouvoir à appliquer son programme de rupture sans verser dans la revanche politique. Dans la région de Matam, fief de Farba Ngom, ses partisans restent mobilisés et dénoncent un acharnement judiciaire.

Au-delà du cas individuel de l’ancien député, l’affaire Farba Ngom illustre les lignes de fracture d’un Sénégal en transition, partagé entre la quête de justice, les attentes populaires et les risques d’instabilité politique.

 

 

Haoua SANGARÉ

 LETJIKAN



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