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Sénégal : le FMI prêt à soutenir Dakar face à une crise budgétaire historique, sous condition de transparence


Dakar, 6 octobre 2025 — Alors que le Sénégal traverse une crise financière d’une ampleur inédite, le Fonds monétaire international (FMI) a exprimé sa volonté d’accompagner le pays dans la voie du redressement, tout en appelant à une gestion plus rigoureuse et transparente des finances publiques.

Avec un déficit budgétaire évalué à 14 % du PIB et une dette publique culminant à 119 %, le Sénégal se trouve confronté à une impasse économique majeure. Une situation aggravée par la découverte d’une dette « cachée » estimée à 7 milliards de dollars, contractée entre 2019 et 2024, mais non intégrée aux statistiques officielles, selon la Cour des comptes et le FMI. Ces irrégularités ont entraîné la suspension d’un programme d’aide de 1,8 milliard d’euros, fragilisant davantage la stabilité financière du pays.

Une dette non déclarée qui secoue l’héritage Macky Sall

Le FMI évoque des « déclarations erronées significatives » relatives aux chiffres du déficit et de la dette, révélant de graves lacunes dans la gouvernance économique passée. L’affaire met en cause la transparence budgétaire de l’ancien régime de Macky Sall, même si l’ex-président réfute toute dissimulation.

« Une dette publique ne peut pas être cachée », a-t-il affirmé, soulignant l’existence de mécanismes de contrôle régionaux via la BCEAO et l’Assemblée nationale. Le gouvernement actuel, conduit par Ousmane Sonko, affirme au contraire que certains paiements effectués à l’étranger n’avaient pas été retracés dans les comptes officiels, alimentant le doute sur l’exactitude des bilans précédents.

Le FMI entre prudence et encouragement

Dans une déclaration du 3 octobre, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a salué les efforts entrepris par les nouvelles autorités pour clarifier la situation. « Les autorités sénégalaises ont fait d’importants progrès pour régler le problème de la déclaration erronée », a-t-elle déclaré, tout en précisant que le FMI restait prêt à avancer rapidement, « une fois les engagements nécessaires pris ».

Des négociations officielles sont prévues du 13 au 18 octobre à Washington, en marge des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, afin d’envisager un nouveau programme d’assistance financière.

Une économie sous pression, un plan de redressement ambitieux

Les conséquences de cette crise sont déjà palpables : l’agence de notation S&P a abaissé la perspective du Sénégal, pointant une dette devenue difficilement soutenable. En 2025, près de 20 % des recettes de l’État seront consacrées au service de la dette, contre 14 % l’année précédente.

Pour restaurer la confiance, le gouvernement Sonko a lancé en septembre un emprunt obligataire de 300 milliards de F CFA destiné à mobiliser la diaspora sénégalaise. Parallèlement, un plan de consolidation budgétaire vise à ramener le déficit à 3 % du PIB d’ici 2027, à travers une série de réformes : centralisation de la gestion de la dette, création d’un compte unique du Trésor, réduction des subventions et rationalisation des dépenses publiques.

Le Premier ministre Ousmane Sonko a toutefois écarté toute logique d’austérité, assurant que le gouvernement entend maintenir la croissance économique, notamment grâce aux revenus attendus du pétrole et du gaz.

Une crise budgétaire à forte dimension politique

Au-delà des enjeux financiers, la crise a ravivé les tensions politiques entre l’actuelle majorité et l’opposition. Le camp présidentiel accuse l’ancien régime d’avoir laissé un « héritage budgétaire catastrophique », tandis que les partisans de Macky Sall dénoncent une « manipulation politique » des chiffres.

La Cour des comptes, au cœur du débat, voit sa crédibilité mise à l’épreuve. Plusieurs acteurs nationaux et internationaux réclament un audit indépendant pour faire toute la lumière sur cette dette non déclarée.

Une équation délicate entre rigueur et développement

Le FMI, tout en réaffirmant son soutien, conditionne toute reprise de financement à des engagements clairs en matière de transparence et de réforme. Pour le Sénégal, l’enjeu est de taille : restaurer la confiance des marchés et des partenaires internationaux, sans compromettre ses ambitions de développement social et économique.

La question demeure : le gouvernement parviendra-t-il à redresser la barre sans étouffer la croissance et les attentes sociales ? Les négociations à venir avec le FMI seront décisives pour déterminer l’avenir économique du pays.

 

Source: Afrik.Com

Haoua Sangaré

 LETJIKAN


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