Sénégal : les arrestations de deux journalistes ravivent les inquiétudes sur la liberté de la presse
- Amadou Diallo
- 1 nov. 2025
- 2 min de lecture

L’arrestation de Maimouna Ndour Faye, directrice de la chaîne privée 7TV, suivie de la brève interpellation du journaliste Babacar Fall, a provoqué une onde de choc dans le paysage médiatique sénégalais. En l’espace de quarante-huit heures, deux figures de la presse ont été inquiétées par les autorités, ravivant les craintes autour du recul de la liberté d’expression dans le pays.
Deux interpellations en deux jours
Le climat médiatique s’est fortement tendu au Sénégal. Mardi soir, les forces de l’ordre ont fait irruption dans les locaux de 7TV pour interrompre la diffusion d’une émission accueillant le patron de presse Madiambal Diagne, actuellement en exil et visé par un mandat d’arrêt international.
La directrice de la chaîne, Maimouna Ndour Faye, a été arrêtée et placée en garde à vue pour « atteinte à la sûreté de l’État » et « atteinte à l’autorité de la justice ».
Moins de vingt-quatre heures plus tard, Babacar Fall, journaliste à RFM et correspondant de RFI, était lui aussi interpellé après un entretien téléphonique avec Madiambal Diagne. Depuis la France, ce dernier dénonçait des poursuites « à caractère politique ». Ces arrestations successives ont provoqué un vif émoi dans les rédactions et parmi les défenseurs des droits humains.
Des libérations sous conditions
Les deux journalistes ont finalement été libérés, mais demeurent sous la menace de poursuites.
Maimouna Ndour Faye a recouvré la liberté jeudi 30 octobre après son audition par le procureur de Dakar. Son avocat, Me Amadou Sall, a précisé qu’elle restait « à la disposition de la justice » et ne pouvait pour l’instant pas s’exprimer publiquement.
Babacar Fall, quant à lui, a été relâché la veille, faute de preuves suffisantes, selon son conseil, Me Barro.
La direction de 7TV a déclaré vouloir coopérer avec les autorités tout en dénonçant « une atteinte grave à la liberté d’informer ».
Une vague de solidarité dans le milieu médiatique
Ces interpellations ont suscité une large mobilisation. Le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (CDEPS) a fustigé « une intrusion inacceptable » des forces de l’ordre dans les médias.
Des organisations internationales, dont Amnesty International et Reporters sans frontières, ont exigé la « fin des intimidations contre les journalistes ».
En réaction, plusieurs professionnels du secteur annoncent la création d’un Front pour la défense de la liberté de la presse. Parallèlement, les signaux de 7TV et de Télé Futurs Médias (TFM) ont été brièvement suspendus sur la télévision numérique terrestre, un acte perçu par nombre d’observateurs comme une forme de censure.
Un climat de méfiance grandissant
Ces récents événements illustrent une tension croissante entre les autorités sénégalaises et la presse indépendante.
Longtemps salué pour son pluralisme et sa vitalité démocratique, le Sénégal voit depuis quelque temps se multiplier les poursuites judiciaires et suspensions de médias. Une évolution qui inquiète les observateurs, pour qui la liberté de la presse, pilier de la démocratie, semble aujourd’hui fragilisée.
Haoua SANGARÉ
LETJIKAN








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