Sénégal : premiers signes de fracture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko
- Amadou Diallo
- 13 nov. 2025
- 3 min de lecture

Par Alioune Diop — Dakar, 12 novembre 2025
La scène politique sénégalaise connaît une tension inattendue au sommet de l’État. En remplaçant Aïda Mbodj par Aminata « Mimi » Touré à la tête de la Coalition Diomaye Président, le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye a surpris jusque dans son propre camp. Un choix interprété par de nombreux observateurs comme un désaveu implicite de son Premier ministre, Ousmane Sonko, et le signe d’un partenariat politique désormais fragilisé.
Un remaniement symbolique, aux airs de mise au point politique
Selon le communiqué officiel du 11 novembre 2025, le président Faye a justifié cette décision par « la léthargie et les divisions persistantes » au sein de la coalition. Derrière cette explication institutionnelle, plusieurs analystes y voient un réglage de comptes politique, révélateur de tensions latentes entre les deux têtes de l’exécutif.
Jusqu’ici réputé pour sa discrétion et son sens du consensus, Diomaye Faye semble vouloir affirmer son autorité et reprendre la main politique face à un Premier ministre considéré comme trop dominant dans l’espace public.
Pour le politologue Moussa Diaw, « le Président a commis une erreur de communication en exposant publiquement son désaccord avec Sonko. Ce type de différend aurait pu être
réglé en interne ».
Le retour de Mimi Touré : choix stratégique ou calcul présidentiel ?
La nomination de Mimi Touré, ancienne Première ministre et figure aguerrie du paysage politique, marque le retour d’un visage expérimenté au cœur du dispositif présidentiel. Présentée par le chef de l’État comme une personnalité « fédératrice », elle avait dirigé la campagne victorieuse de 2024.
Mais ce choix ne fait pas l’unanimité : il ravive les tensions entre le camp présidentiel et les militants du Pastef, le parti fondé par Ousmane Sonko. Ce dernier aurait soutenu le maintien d’Aïda Mbodj, une alliée de longue date.
Le politologue Babacar Ndiaye estime que cette décision pourrait traduire une volonté de repositionnement politique : « En relançant la coalition sous une direction différente, le Président prépare peut-être déjà l’après-Sonko, voire les échéances de 2029. »
Deux légitimités, une cohabitation fragilisée
L’alliance entre Sonko et Diomaye, née dans la lutte contre l’ancien régime, reposait sur un équilibre entre loyauté et complémentarité. Un an après leur victoire, cette symbiose semble se fissurer.
Diomaye Faye, en tant que Président institutionnel, cherche à consolider l’État et à maîtriser les équilibres de pouvoir. Sonko, leader charismatique et chef du Pastef, s’appuie sur sa base militante pour peser sur les orientations du gouvernement. Deux approches désormais difficilement conciliables.
Cette situation, selon plusieurs observateurs, pourrait déboucher sur une crise institutionnelle si les divergences persistent, dans un contexte où les réformes économiques et sociales tardent à se concrétiser.
Un tournant pour l’alternance sénégalaise
Au-delà du remaniement, l’affaire pose une question centrale : qui détient réellement le pouvoir au Sénégal ?
Entre un président en quête d’autorité et un Premier ministre soucieux de préserver son influence, l’exécutif sénégalais donne l’image d’un pouvoir en quête d’équilibre.
En choisissant Mimi Touré, Bassirou Diomaye Faye semble vouloir rappeler qu’il est le véritable maître du jeu politique. Mais cette démonstration de force pourrait s’avérer risquée si elle accentue les fractures au sein du camp de la majorité.
Alors que les Sénégalais attendaient un exécutif uni et tourné vers les réformes, le tandem Sonko-Diomaye fait face à sa première épreuve majeure. Reste à savoir si cette crise marquera la maturation de leur alliance ou le début d’une rivalité ouverte au sommet de l’État.
Source : Afrik.Com
Haoua SANGARÉ
LETJIKAN








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