top of page

Venezuela : l’arrestation d’un général emblématique révèle la fragilité du nouvel équilibre du pouvoir

« La responsabilité ne s’efface pas avec le grade. » Cette formule, attribuée à un proche de la présidence par intérim, résume l’état d’esprit qui prévaut à Caracas depuis l’arrestation du général de division Javier Marcano Tábata, figure centrale de l’appareil sécuritaire de l’ancien président Nicolás Maduro.

Moins de trois jours après la capture spectaculaire de l’ex-chef de l’État vénézuélien lors d’une opération aérienne conduite par les États-Unis, la présidente par intérim Delcy Rodríguez a posé un acte fort : l’éviction et l’arrestation de celui qui était jusqu’alors chargé de la protection rapprochée du pouvoir.

Un pilier sécuritaire emporté par la chute du régime

Javier Marcano Tábata occupait deux postes parmi les plus stratégiques du pays. Il dirigeait à la fois la Direction générale du contre-espionnage militaire (DGCIM) et la Garde d’honneur présidentielle, incarnant ainsi le cœur du dispositif de défense du régime.

Sa mise à l’écart marque un tournant majeur. Selon les autorités intérimaires, plusieurs manquements graves lui sont reprochés, notamment son incapacité à anticiper l’opération ayant conduit à l’extraction de Nicolás Maduro, des soupçons de fuite d’informations sensibles relatives aux protocoles de sécurité, ainsi qu’une perte de contrôle sur les unités placées sous son commandement, mise en évidence par les troubles survenus autour de l’Assemblée nationale.

Ces éléments convergent vers un constat sans appel : au moment décisif, la chaîne de sécurité présidentielle s’est révélée défaillante.

Un signal politique fort

Au-delà de la responsabilité individuelle du général, la décision prise par Delcy Rodríguez revêt une portée politique majeure. En s’attaquant à un officier longtemps considéré comme l’un des plus loyaux soutiens de Maduro, la présidente par intérim rompt avec une gouvernance fondée sur les fidélités personnelles pour affirmer une autorité institutionnelle recentralisée.

Cette arrestation marque également la fin d’un modèle sécuritaire bâti autour d’un homme et de ses réseaux. Désormais, les centres de décision semblent se déplacer vers l’exécutif intérimaire et ses cercles rapprochés, au détriment des structures héritées de l’ancien régime.

Message sans équivoque aux forces armées

Au sein des forces armées, le signal est clair : ni le rang ni la proximité passée avec le pouvoir déchu ne garantissent désormais l’immunité. En neutralisant simultanément la DGCIM et la Garde d’honneur présidentielle, les nouvelles autorités cherchent à prévenir toute contestation interne et à préparer une refonte annoncée de l’architecture sécuritaire.

Selon plusieurs sources institutionnelles, une nouvelle organisation des services de renseignement, placée directement sous l’autorité de l’exécutif intérimaire, pourrait être annoncée dans les prochaines heures.

Une transition sous haute tension

À Caracas, les signes de basculement sont visibles. Les unités blindées, autrefois dédiées à la protection du palais présidentiel, patrouillent désormais dans un climat marqué par la méfiance et l’incertitude.

Si le sort judiciaire de Javier Marcano Tábata reste à ce stade indéterminé, sa chute symbolise l’effondrement d’un rempart longtemps présenté comme inexpugnable. La fin de l’ère Maduro ouvre ainsi une phase de transition instable, caractérisée par des réajustements rapides, des loyautés fluctuantes et une lutte silencieuse pour le contrôle effectif de l’appareil d’État.

 

Haoua SANGARÉ

LETJIKAN

 

 




Commentaires


sama-money-300 (1).jpg
bottom of page