Afrique de l’Ouest et centrale : une fin d’année 2025 marquée par des scrutins décisifs
- Amadou Diallo
- 29 déc. 2025
- 4 min de lecture

L’année 2025 s’achève sur une séquence électorale particulièrement dense et symbolique dans plusieurs pays africains. En l’espace de quelques jours, la Côte d’Ivoire, la Guinée et la République centrafricaine organisent ou finalisent des élections majeures, révélatrices à la fois de trajectoires nationales distinctes et de défis communs : mobilisation des électeurs, crédibilité des processus électoraux et relations souvent tendues entre pouvoir et opposition. Tour d’horizon d’une dernière semaine électorale sous haute attention.
Côte d’Ivoire : des législatives sous tension et l’irruption massive des indépendants
Un peu plus de deux mois après l’élection présidentielle, les Ivoiriens sont de nouveau appelés aux urnes ce samedi 27 décembre pour élire les 255 députés de l’Assemblée nationale. La campagne, officiellement close à la veille du scrutin, a été marquée par une intense activité politique : meetings de clôture, caravanes dans les grandes artères d’Abidjan et opérations de proximité dans les marchés et quartiers populaires de l’intérieur du pays.
Le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), parti au pouvoir, présente plus de 200 candidats et ambitionne de conserver une large majorité parlementaire afin d’assurer la continuité de l’action gouvernementale. Face à lui, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA), principal parti d’opposition, aligne 163 candidats et appelle à la mise en place d’un véritable contrepoids au Parlement. Dans certaines circonscriptions stratégiques, notamment à Yopougon et Abobo, le PDCI a conclu des alliances ponctuelles avec le Front populaire ivoirien (FPI).
Plusieurs candidats de l’opposition ont fait de la promesse d’une loi d’amnistie générale en faveur de personnes qualifiées de « prisonniers d’opinion » un thème central de leur campagne. Toutefois, la question de la participation électorale demeure une inconnue majeure, le PDCI ayant boycotté la présidentielle et devant désormais convaincre sa base de retourner aux urnes. Le scrutin est également marqué par le boycott du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) de l’ancien président Laurent Gbagbo, qui dénonce l’arrestation de militants et conteste les conditions d’organisation du vote.
Autre élément notable : la présence massive des candidats indépendants. Près de 800 indépendants briguent les suffrages, soit environ 60 % des candidatures. Souvent issus des grandes formations politiques mais exclus des investitures officielles, ils pourraient peser lourdement dans plusieurs circonscriptions disputées. Si leur performance électorale reste incertaine — en 2021, ils avaient recueilli moins de 20 % des suffrages —, leur nombre élevé, combiné aux dissensions internes au RHDP comme au PDCI, introduit une part significative d’imprévisibilité dans les résultats.
Centrafrique : un scrutin d’ampleur inédite sous regards partagés
En République centrafricaine, la campagne électorale s’est achevée vendredi 26 décembre après deux semaines d’intense mobilisation. Le scrutin prévu le dimanche 28 décembre est sans précédent par son ampleur : présidentielle, législatives, municipales et régionales se tiennent simultanément. Près de six millions d’électeurs sont appelés à voter.
À la veille du scrutin, les perceptions divergent. À Bangui, certains citoyens saluent une campagne relativement apaisée, une situation rare dans l’histoire électorale récente du pays. D’autres, en revanche, dénoncent une compétition jugée inéquitable, pointant un accès inégal aux moyens de campagne, un usage présumé de la force publique en faveur de certains candidats et des restrictions à l’expression politique de l’opposition.
Malgré ces critiques, les autorités électorales maintiennent le calendrier, avec des bureaux de vote ouverts de 6 heures à 18 heures. Au-delà du choix des dirigeants, l’enjeu principal réside dans la capacité du pays à organiser des élections inclusives et crédibles dans un contexte sécuritaire encore fragile.
Guinée : une présidentielle décisive pour la fin de la transition
En Guinée, l’élection présidentielle du dimanche 28 décembre constitue une étape clé du processus de transition engagé après le coup d’État du général Mamadi Doumbouya, survenu plus de quatre ans auparavant. Environ 6,7 millions d’électeurs doivent départager neuf candidats, dont le président de la transition lui-même.
À l’issue de la campagne, la directrice générale des élections, Djenabou Touré, a salué le climat globalement calme observé durant les semaines de mobilisation, contrastant avec les précédents scrutins souvent marqués par des violences. Sur le plan logistique, les autorités assurent que l’ensemble du matériel électoral a été déployé sur le territoire et que les résultats provisoires devraient être annoncés dans les 48 heures suivant le vote.
Ce tableau est toutefois nuancé par les préoccupations exprimées par les Nations unies. Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, évoque un « espace civique et politique sévèrement restreint », dénonçant intimidations, disparitions forcées et restrictions à la liberté des médias, autant de facteurs susceptibles d’affecter la crédibilité du processus.
Des enjeux communs au-delà des urne De la Côte d’Ivoire à la Centrafrique, en passant par la Guinée, cette dernière semaine électorale de 2025 met en lumière des dynamiques politiques contrastées. Si certains pays revendiquent des avancées en matière de calme et d’organisation, les questions de participation, d’équité et de confiance dans les institutions électorales demeurent centrales. Au-delà des résultats immédiats, l’enjeu est commun : consolider, voire restaurer, le lien fragile entre citoyens, pouvoir politique et démocratie.
Source: Afrik.Com
Haoua Sangaré
LETJIKAN








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