CAN 2025 au Maroc : des stades clairsemés, une alerte grandeur nature avant le Mondial 2030
- Amadou Diallo
- 29 déc. 2025
- 3 min de lecture

Pensée comme une vitrine du savoir-faire marocain à l’approche de la Coupe du monde 2030, la CAN 2025 fait face à un phénomène inattendu : des tribunes largement dégarnies lors de plusieurs rencontres majeures. Entre dysfonctionnements de la billetterie numérique, spéculation sur les tickets et conditions météorologiques défavorables, les organisateurs ont été contraints de recourir à une mesure exceptionnelle : l’ouverture gratuite des stades en cours de match.
Des matchs joués devant des tribunes presque vides
Le contraste est frappant. Si les infrastructures sportives marocaines sont unanimement saluées pour leur modernité et la qualité irréprochable des pelouses, l’ambiance peine à suivre, en dehors des rencontres impliquant les Lions de l’Atlas. Dès les premiers jours de la compétition, les images de tribunes désertes ont largement circulé sur les réseaux sociaux, suscitant l’embarras du comité d’organisation.
Le 22 décembre, le stade d’Agadir (45 000 places) n’accueillait qu’un peu plus d’un millier de spectateurs pour Égypte–Zimbabwe, malgré une affiche de prestige. Même constat à Marrakech pour Afrique du Sud–Angola, officiellement suivie par 4 013 spectateurs, ou encore lors de RD Congo–Bénin. Un paradoxe d’autant plus troublant que l’application officielle de billetterie indiquait certains de ces matchs comme complets.
À l’inverse, le match d’ouverture Maroc–Comores a fait salle comble au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat, avec plus de 60 000 supporters. Une tendance claire se dessine : l’affluence chute drastiquement dès que la sélection marocaine n’est pas concernée.
Billetterie numérique et spéculation pointées du doigt
Au cœur des critiques figure le dispositif de billetterie entièrement numérisé, combiné à l’obligation du « Fan ID » via l’application Yalla. Pensé pour renforcer la sécurité et lutter contre la fraude, le système s’est révélé complexe pour une partie du public, peu familier de ces procédures. Cette rigidité a favorisé l’essor d’un marché noir structuré.
Des billets vendus officiellement entre 100 et 300 dirhams (9 à 27 euros) se sont retrouvés proposés à des prix pouvant atteindre 3 000 à 5 000 dirhams sur les réseaux sociaux. Mais la spéculation s’est retournée contre ses auteurs : de nombreux revendeurs, ayant accumulé des stocks importants, n’ont finalement pas trouvé d’acheteurs à ces tarifs élevés. Résultat, des milliers de places officiellement « vendues » sont restées inoccupées dans les stades.
La police judiciaire a procédé à l’interpellation de huit personnes soupçonnées de spéculation illégale dans plusieurs villes du royaume. Une réaction tardive, alors que l’image du tournoi était déjà écornée.
Ouverture gratuite des stades : solution populaire, débat persistant
Face au risque d’un désastre médiatique, notamment auprès de la Confédération africaine de football (CAF) et des téléspectateurs internationaux, les autorités ont opté pour une mesure radicale : l’ouverture gratuite des portes environ vingt minutes après le coup d’envoi, une pratique déjà observée lors de précédentes éditions de la CAN.
L’effet a été immédiat, notamment lors du match Cameroun–Gabon à Agadir. D’un stade quasi vide au départ, l’affluence est montée à plus de 35 000 spectateurs en cours de rencontre. Sur les réseaux sociaux, le slogan de la « CAN du peuple » a rapidement émergé, saluant une compétition devenue plus accessible.
Cette décision n’est toutefois pas sans conséquences. Des scènes de cohue ont été signalées, notamment lors d’Algérie–Soudan à Rabat, mettant à l’épreuve les dispositifs de sécurité. Par ailleurs, de nombreux supporters ayant acheté leur billet s’interrogent sur l’équité d’un système qui, in fine, permet l’accès gratuit à ceux restés à l’extérieur.
Un test grandeur nature avant 2030
Au-delà de l’enjeu sportif, la CAN 2025 constitue un véritable test pour le Maroc, futur coorganisateur de la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal. La gestion des flux de spectateurs, la sécurité et l’accessibilité des événements sont autant de défis majeurs à relever.
Les conditions météorologiques hivernales, marquées par des pluies persistantes et l’absence de couverture intégrale dans plusieurs stades, ont également freiné la mobilisation du public. Mais cet argument ne suffit pas à expliquer l’ampleur du phénomène.
Si la première journée de compétition a enregistré 233 634 spectateurs sur douze matchs, un chiffre en hausse par rapport à la précédente CAN, les statistiques globales masquent un contraste saisissant entre les rencontres du Maroc et celles des autres sélections.
Pour les organisateurs, les prochaines semaines seront décisives. Il s’agira de trouver un équilibre durable entre sécurité, accessibilité et viabilité économique, afin que la « CAN du peuple » ne reste pas un simple palliatif, mais une leçon structurante à l’horizon du Mondial 2030.
Haoua Sangaré
LETJIKAN








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