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Durée de la transition : Le diagnostic sans complaisance de Ibrahima Sory Diabakaté


Les yeux sont braqués sur les acteurs (Cedeao-autorités maliennes) en bras de fer sur la décision prise concernant sur la durée de la transition au Mali. Certes les sanctions contre le pays sont illégitimes et illégales, l’arrêt de la Cour de justice de l’Uemoa nous conforte davantage. Elles doivent être levées, mais force est de reconnaître aussi qu’il faut donner une trajectoire à la transition. Il faut se mettre d’accord sur un délai pour sortir de cette situation qui n’arrange ni le Mali encore moins les autres pays. Sur la question, nous avons approché un analyste politique, Ibrahima Sory Diabakaté, pour partager son avis.

A en croire Diabakaté, le sort du Mali pris en otage pour une question de délai compris entre 16 et 24 mois. Le gouvernement malien et la Cedeao peinent à trouver un compromis pour amorcer la levée progressive des sanctions couplées de la Cedeao et l'Uemoa. Entre 16 et 24, que choisir ? Lors du dernier passage du médiateur de la Cedeao, son excellence Goodluck Jonathan au Mali, la seule et unique proposition faite par ce dernier est de l'ordre de 16 mois, contrairement au gouvernement malien dont la position a considérablement évolué, de 04 ans dernière proposition faite par les nôtres au double sommet Cedeao-Uemoa tenue à Accra le 09 janvier 2022, on est passé respectivement à 36, 29 et enfin 24 mois incompressibles, selon le président de la transition lui-même.

« Personnellement, je ne suis pas adepte du fétichisme des délais. Le plus important, n'est pas le nombre de mois ou d'années, mais plutôt ce qu'on en fera. Il s'agit d'identifier et convenir des réformes majeures à minima, j’allais dire indispensables et réalisables durant une transition, en de vue de réunir les conditions optimales pour un retour à l'ordre constitutionnel. On peut citer entre autres la relecture de la loi électorale, la révision du fichier électoral, le référendum constitutionnel et l'organisation d'élections générales libres, transparentes, moins contestables et acceptables par une large majorité», a-t-il souhaité.

Pour ce faire, il estime que les experts doivent se pencher sur l'identification des objectifs et tâches à bien mener, tenant compte du contexte et des réalités du terrain, dans le temps et dans l'espace. Si ce préalable est fait, dit-il, l’on saura avec précision le temps qu'il faudra pour la prorogation du délai de la transition.

Au-delà du délai, il ajoutera que le pouvoir doit créer les conditions d'apaisement du front politique à travers un accord politique consensuel impliquant tous les acteurs. Sans cela, il sera difficile de mener à bien non seulement les négociations avec les partenaires, notamment la Cedeao, l'UA et les Nations Unies. Mais aussi et surtout, garantir un apaisement du climat politique, gage de réussite des réformes dans la quiétude.

Comment trouver ce compromis ?

Il dira que les assises nationales de la Refondation ont déjà montré la voie. Il s'agit d'ouvrir le gouvernement et le Conseil National de Transition aux forces sociopolitiques jusqu'ici restées en marge du train de la transition. Pour éviter de créer de nouvelles poches de dépenses, les budgets de fonctionnement de toutes les institutions de la République doivent être revus à la baisse pour la prise en charge des nouveaux membres de gouvernement, leurs cabinets et les émoluments des nouveaux membres du CNT. Compte tenu de la promiscuité des caisses de l'Etat due à la crise sanitaire, la guerre en Ukraine et les conséquences de l'embargo, tous les Maliens doivent faire un sacrifice. «J'en appelle au sens de discernement et de réalisme des chefs d'État de la Cedeao et Uemoa, afin qu'ils reconsidèrent leur position, car le peuple malien sanctionne pour avoir soutenu majoritairement le coup d'Etat, n'est pas le seul à subir les conséquences néfastes des sanctions illégales, illégitimes et inhumaines. Vivement le bout du tunnel!», a-t-il laissé entendre.

Et dans sa logique, il a été réconforté par un jeune doctorant malien résident en Belgrade, Sekhou Sidi Diawara.

«Me concernant, je ne suis ni pour 16 mois ni 24 mois. Le plus important pour moi ce n'est pas la prolongation, donc le temps. Mais plutôt le contenu du temps. Autrement dit, pourquoi doit-on prolonger la transition, avec et pour quels objectifs ? Est-ce pour l'amélioration de la condition sécuritaire, l'instauration de l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire, pour la mise en œuvre de l'accord d'Alger ? Si ces raisons sont valables, avec quels moyens, quelle compétence doit-on faire recours pour les atteindre ? Ces moyens et ces compétences sont-ils réunis pour leur effectivité ? À supposer que la transition soit prolongée de 24 mois et que les objectifs fixés ne sont pas atteints, doit-on encore la prolonger ? Bref, pour moi, le débat doit être posé autrement, si ce n'est la question du temps. Donc, inscris moi sur la catégorie des personnes qui ne sont ni pour la prolongation ni contre la prolongation, mais pour une analyse approfondie de la capacité des autorités à atteindre les objectifs assignés par la charte de la transition», a-t-il dit.

Moussa Sékou Diaby

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