Financement des partis politiques au Mali : plus de 4 milliards de FCFA non justifiés entre 2000 et 2025
- Amadou Diallo
- 30 déc. 2025
- 3 min de lecture

La section des comptes de la Cour suprême a rendu public, ce lundi 29 décembre 2025, un rapport détaillé sur le financement des partis politiques au Mali entre 2000 et 2025. La restitution a été faite à l’occasion d’une conférence de presse animée par le président de la section des comptes, dans la salle de conférence de la Cour suprême.
Selon les conclusions du rapport, l’aide de l’État accordée aux partis politiques sur la période concernée s’élève à plus de 25 milliards de francs CFA. Toutefois, un montant supérieur à 4 milliards de francs CFA n’a pas été justifié par des pièces conformes. Face à ces insuffisances, la Cour a formulé plusieurs recommandations à l’endroit du gouvernement et des formations politiques, allant jusqu’à proposer l’introduction de sanctions dans la future charte des partis politiques à l’encontre de ceux qui ne justifieraient pas leurs dépenses.
Cet audit a été engagé à la suite d’une saisine du Premier ministre, conformément aux recommandations issues des concertations des forces vives de la nation, y compris les Maliens établis à l’extérieur. L’objectif était de vérifier la régularité et la transparence du financement des partis politiques sur une période de vingt-cinq ans.
Au terme des travaux, il ressort que 295 partis politiques sont officiellement répertoriés par le ministère de l’Administration territoriale. Parmi eux, seuls 144 ont déposé au moins une fois un compte de gestion auprès de la section des comptes de la Cour suprême. Les ressources totales déclarées par ces partis s’élèvent à 42 milliards 145 millions de francs CFA, pour des dépenses cumulées de 41 milliards 64 millions 179 mille 763 francs CFA.
Présentant les principaux constats, le conférencier, Abdoulaye Sow, a indiqué que des ressources d’un montant total de 3 milliards 155 millions 3 mille 842 francs CFA n’ont pas été justifiées par des pièces probantes. Il a également relevé que des dons, legs et libéralités d’un montant de plus de 90 millions 744 mille francs CFA n’ont pas été déclarés au ministre en charge de l’Administration territoriale, en violation des dispositions de la charte des partis politiques.
Le rapport souligne par ailleurs une forte dépendance des partis politiques à l’aide publique. « L’aide financière de l’État s’élève à plus de 24 milliards de francs CFA contre des ressources propres estimées à plus de 16 milliards 645 millions. L’aide financière représente presque le double des ressources propres », a précisé M. Sow. Il a également révélé que certains partis ont perçu l’aide de l’État sans déposer de comptes à la section des comptes ou sans même comptabiliser ladite aide.
En ce qui concerne la répartition de l’aide publique, la Cour note un écart entre les montants versés par l’État, estimés à 25 milliards 980 millions de francs CFA, et ceux déclarés par les partis politiques, soit 24 milliards 624 millions de francs CFA.
S’agissant des dépenses, le président de la section des comptes a indiqué qu’un montant de 4 milliards 317 millions 786 mille 480 francs CFA n’est pas justifié par des pièces conformes, qualifiées de non probantes.
Sur la question de la mission d’utilité publique et de la gestion fiscale, le rapport relève que la majorité des partis politiques n’a pas pu produire des documents attestant l’accomplissement de cette mission. « Nous n’avons jamais affirmé que tous les partis politiques n’ont pas accompli la mission d’utilité publique, mais pour la majorité d’entre eux,
les pièces justificatives n’ont pas été produites », a nuancé M. Sow.
Au regard de ces constats, la section des comptes recommande au gouvernement d’engager une réflexion approfondie avec l’ensemble des parties prenantes sur le financement public des partis politiques. Cette réflexion devrait porter, entre autres, sur le maintien ou non de l’aide publique, son montant, les critères d’éligibilité, les modalités de répartition, ainsi que les règles d’utilisation et de justification des fonds alloués.
Kossa Maïga
LETJIKAN








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