Guinée-Bissau : libérations partielles après le putsch, l’opposition toujours sous pression
- Amadou Diallo
- 29 déc. 2025
- 3 min de lecture

Un mois après le coup d’État du 26 novembre, les autorités militaires de transition en Guinée-Bissau ont annoncé la libération de six détenus politiques. Une décision présentée comme un geste d’apaisement, mais qui laisse en prison les principales figures de l’opposition, alimentant les soupçons d’une manœuvre destinée à remettre en cause l’issue de la dernière élection présidentielle.
Des libérations limitées et controversées
Le Haut commandement militaire a annoncé, mardi 23 décembre, la remise en liberté de six opposants politiques. Cette décision est intervenue à la suite de la visite à Bissau d’une délégation sénégalaise conduite par le ministre des Affaires étrangères, Cheikh Niang, venue plaider en faveur de la libération des prisonniers politiques.
Si les autorités de transition ont présenté cette mesure comme un « signe de bonne foi », elle est perçue par une partie de l’opinion et de la classe politique comme largement insuffisante. Les principales figures de l’opposition demeurent en effet privées de liberté. Domingos Simões Pereira, leader du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), reste détenu à la 2ᵉ Esquadra de Bissau. De son côté, Fernando Dias, candidat indépendant qui revendique la victoire à l’élection présidentielle du 23 novembre, est toujours réfugié à l’ambassade du Nigeria, où il a obtenu l’asile.
Ces libérations sélectives renforcent les soupçons d’une proximité entre les putschistes et les cercles de l’ancien pouvoir.
Un coup d’État aux contours controversés
Depuis le renversement des institutions, plusieurs éléments nourrissent le débat sur la nature du putsch. Le général Horta N’Tam, désigné président de la transition, occupait auparavant les fonctions de directeur de cabinet et de chef d’état-major, après avoir été promu sous le régime d’Umaro Sissoco Embalo. Le nouveau chef des armées, le général Tomas Djassi, figurait lui aussi parmi les proches collaborateurs de l’ancien président.
Ces liens ont conduit plusieurs observateurs régionaux à qualifier les événements de manœuvre interne plutôt que de rupture politique. L’ancien président nigérian Goodluck Jonathan, chef de la mission d’observation de la CEDEAO, a évoqué un « coup d’État cérémoniel ». Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, s’est montré encore plus critique, parlant publiquement d’une « combine ».
Des résultats électoraux irrémédiablement compromis
Le calendrier du putsch continue également de susciter de vives interrogations. L’intervention militaire est intervenue à la veille de la proclamation des résultats provisoires de l’élection présidentielle, alors que plusieurs estimations donnaient Fernando Dias en tête du scrutin.
Selon des sources officielles, des hommes armés ont fait irruption au siège de la Commission électorale nationale (CNE), détruisant les procès-verbaux et le serveur informatique central. Les documents électoraux de deux régions réputées favorables à l’opposition auraient également été interceptés. Le secrétaire général de la CNE a confirmé l’impossibilité matérielle de publier les résultats, le dispositif électoral ayant été totalement détruit.
Le narcotrafic, justification contestée
Pour justifier leur prise de pouvoir, les autorités militaires affirment avoir déjoué un « plan de déstabilisation impliquant des réseaux de narcotrafic ». Un argument accueilli avec scepticisme par de nombreux analystes, dans un pays régulièrement présenté comme une plaque tournante du trafic de cocaïne en Afrique de l’Ouest.
L’ancien Premier ministre Aristides Gomes a estimé, dans une déclaration médiatique, que la junte pourrait chercher à maintenir les leaders de l’opposition en détention tout en tentant, à terme, de réhabiliter l’ancien président Embalo. Une hypothèse qui alimente les inquiétudes sur la durée et les intentions réelles de la transition militaire.
Pressions internationales et bras de fer régional
La prise de pouvoir par les militaires a été unanimement condamnée par les Nations unies, l’Union africaine et la CEDEAO, qui exigent un retour rapide à l’ordre constitutionnel. L’organisation régionale ouest-africaine menace d’imposer des sanctions ciblées contre les responsables du putsch.
Pour l’heure, la junte refuse cependant de recevoir la mission des chefs d’état-major de la CEDEAO, accentuant le bras de fer diplomatique et laissant planer l’incertitude sur l’avenir politique du pays.
Source : Afrik.Com
Haoua Sangaré
LETJIKAN








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