Ibrahima Diawara : l’investisseur qui a fait le pari du Mali, malgré les risques
- Amadou Diallo
- 19 janv.
- 2 min de lecture

Alors qu’une partie des opérateurs économiques maliens a choisi l’exil, la prudence ou l’attentisme, Ibrahima Diawara fait figure d’exception. Discret mais influent, cet entrepreneur a continué d’investir massivement dans l’économie nationale, convaincu que le secteur productif constitue un levier crucial pour la stabilité du pays. Un engagement qui, aujourd’hui, se heurte à une réalité sécuritaire de plus en plus hostile.
Depuis le début de la crise sécuritaire et institutionnelle, le Mali enregistre une chute progressive des investissements. De nombreux acteurs privés — nationaux comme étrangers — ont gelé leurs projets, réduit leurs activités ou transféré une partie de leurs capitaux vers des environnements jugés plus sûrs. À contre-courant, Ibrahima Diawara a fait un choix différent : rester au Mali, produire au Mali et investir au Mali.
À la tête d’un groupe qui compte plusieurs unités industrielles et commerciales, l’entrepreneur a multiplié les initiatives industrielles ces dernières années. Ouverture d’usines, création d’emplois, expansion de sites de production… autant de décisions qui ont permis de maintenir des milliers de postes directs et indirects, dans un contexte économique déjà sous pression.
Mais ce pari s’accompagne désormais d’un coût élevé. Depuis plusieurs mois, certaines usines du groupe Diawara sont visées par des attaques attribuées à des groupes armés djihadistes. Saccages, incendies, destructions de stocks et mises à l’arrêt de chaînes de production rythment le quotidien de sites industriels situés dans des zones fragilisées par l’insécurité. Les pertes financières sont lourdes, parfois irréversibles.
Au-delà des dégâts matériels, ces attaques traduisent une évolution préoccupante du conflit. Les groupes armés ne se contentent plus de cibler les forces de défense ou les institutions publiques : ils s’attaquent désormais à des infrastructures économiques stratégiques et à leurs acteurs. Une forme de pression économique qui fragilise l’un des piliers de la résilience nationale.
Détruire une usine, ce n’est pas seulement briser des machines. C’est priver des familles de revenus, freiner la production, décourager l’investissement et affaiblir l’État sans engager de confrontation directe. Dans un pays où le secteur privé contribue significativement à l’emploi, cette stratégie pourrait, à terme, accentuer le ralentissement économique et social.
Le parcours d’Ibrahima Diawara illustre ainsi un paradoxe : celui d’un investisseur qui a choisi de croire en le potentiel du Mali, mais qui se retrouve aujourd’hui pénalisé pour cette fidélité. Son cas pose surtout une question plus large : comment protéger les acteurs économiques dans un pays où produire devient un acte de bravoure ?
Haoua SANGARÉ
LETJIKAN








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