L’or au Mali : entre héritage historique et quête de prospérité durable
- il y a 3 jours
- 2 min de lecture

Au cours des trente dernières années, l’or s’est imposé comme le principal moteur de l’économie malienne, supplantant le coton qui occupait autrefois la première place. Aujourd’hui, le métal jaune représente environ 25 % du produit intérieur brut (PIB) et près de 75 % des recettes d’exportation du pays. Portée par la hausse continue des cours mondiaux, sa contribution n’a cessé de croître, nourrissant l’espoir d’un avenir économique plus radieux pour le Mali.
Pourtant, derrière ces performances macroéconomiques se cache une réalité plus contrastée. Comme dans de nombreux pays en développement riches en ressources naturelles, l’abondance aurifère semble davantage s’apparenter à une « malédiction » qu’à une bénédiction. Malgré l’importance des revenus générés, l’exploitation de l’or n’a pas entraîné une réduction significative de la pauvreté, ni une transformation structurelle durable des localités de production, souvent confrontées à des déficits d’infrastructures de base et à des impacts environnementaux préoccupants.
Face à ce constat, une question s’impose : où vont réellement les richesses issues de l’or et comment transformer ce potentiel en levier de développement inclusif ? Pour de nombreux observateurs et acteurs engagés, la réflexion ne relève ni de la polémique ni de la contestation, mais d’un devoir de responsabilité envers les communautés affectées par l’activité minière. Ces populations, tout en subissant les conséquences écologiques et sociales de l’exploitation, ont souvent contribué par leurs propres moyens à la construction d’écoles, de routes et d’infrastructures communautaires.
Un secteur clé de l’économie mondiale et nationale
À l’échelle mondiale, l’exploitation des ressources du sous-sol a joué un rôle déterminant dans l’essor économique des nations. Transports, habitat, agriculture, industrie : tous ces secteurs reposent sur l’utilisation de substances minérales indispensables aux équipements et aux intrants.
L’histoire économique montre d’ailleurs que le développement de nombreux pays industrialisés s’est appuyé sur la valorisation stratégique de leurs ressources naturelles : le fer et le charbon en Europe, le pétrole et l’or aux États-Unis, ou encore l’or en Afrique du Sud, où Johannesburg est passée du statut de simple bourgade à celui de mégapole grâce au boom aurifère.
Au Mali, l’or ne constitue pas seulement une richesse économique ; il est aussi profondément ancré dans la culture et l’histoire. Depuis des siècles, les populations ont alterné agriculture et orpaillage traditionnel. À Kéniéba, par exemple, l’ouverture et l’exploitation d’un placer, dès l’époque précoloniale, obéissaient à des rites et à des principes dogmatiques, témoignant du caractère sacré et structurant de cette activité.
Un héritage prestigieux
Au XIVᵉ siècle, l’or contribua à faire de l’Empire du Mali l’un des plus puissants et célèbres du monde. Le pèlerinage de l’empereur Kankou Moussa à La Mecque en 1324, au cours duquel il aurait distribué des quantités considérables d’or — estimées à plusieurs tonnes — marqua durablement les esprits et aurait même influencé le cours du métal précieux sur les marchés de l’époque.
Cet héritage historique rappelle que l’or peut être un facteur de rayonnement et de prospérité. Le défi pour le Mali contemporain consiste désormais à transformer cette richesse en moteur de développement équitable et durable, capable de répondre aux attentes des populations et de rompre avec le cycle de la dépendance aux ressources brutes.
Haoua SANGARÉ
LETJIKAN




.jpg)












Commentaires