Mali : l’arrivée d’un convoi de 300 camions à Bamako offre un répit temporaire face à la crise énergétique
- Amadou Diallo
- 9 oct. 2025
- 3 min de lecture

Bamako, 9 octobre 2025 — Après plusieurs semaines de pénurie aiguë, un convoi de 300 camions-citernes escortés par l’armée est arrivé mardi 7 octobre à Bamako, suscitant un soulagement palpable parmi la population. Mais si cette livraison atténue temporairement la crise, la situation énergétique du Mali demeure critique : le carburant reste rare, l’électricité rationnée et le gaz butane introuvable.
Un soulagement fragile dans la capitale
Acclamé par les habitants, le convoi d’hydrocarbures marque une victoire logistique pour le gouvernement de transition, confronté à un blocus énergétique imposé par les groupes jihadistes. Les images diffusées par l’ORTM montrent les camions pénétrant dans la capitale sous haute protection militaire.
Depuis plusieurs semaines, les stations-service étaient à sec, paralysant la circulation et provoquant d’interminables files d’attente. « Je vais enfin pouvoir faire le plein », confiait un automobiliste, soulagé mais sceptique sur la durée de cette accalmie.
Selon l’Office malien du pétrole (OMAP) et la Direction générale du commerce, de la concurrence et de la consommation (DGCC), la distribution reprendra progressivement à partir du 8 octobre. Mais, avertit le groupement des professionnels du pétrole, « le carburant continuera d’arriver au compte-gouttes », les convois demeurant tributaires d’escortes militaires irrégulières et vulnérables aux attaques.
Une traversée périlleuse depuis la Côte d’Ivoire
Bien que les autorités n’aient pas officiellement révélé la provenance du carburant, plusieurs sources indiquent qu’il vient de Côte d’Ivoire. Le trajet s’est avéré dangereux : les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) multiplient depuis un mois et demi les attaques contre les convois sur les axes stratégiques, incendiant régulièrement des camions.
Le blocus du JNIM répond à la décision des autorités maliennes d’interdire la vente informelle de carburant dans les zones rurales, une mesure visant à couper les circuits d’approvisionnement des groupes armés.
Pour contourner cette menace, l’armée malienne a assuré une escorte intégrale du convoi — une opération saluée comme un succès sécuritaire, mais coûteuse et difficilement reproductible à grande échelle.
Une crise énergétique qui s’étend
Au-delà du carburant, l’ensemble du système énergétique malien est sous tension. Les coupures d’électricité ont été réduites à six heures par jour dans plusieurs quartiers de Bamako, contre 19 auparavant.
Selon un responsable d’Énergie du Mali, cette mesure vise à « réserver les ressources disponibles au secteur pétrolier ».
Dans les villes de l’intérieur, la situation est encore plus critique. À Mopti, San ou Ségou, l’électricité est coupée parfois plus de vingt heures par jour. « Mon stock de poissons pourrit. Mon commerce est en train de mourir », témoigne une vendeuse de poissons à Mopti.
Depuis le 6 octobre, le gaz butane est également devenu rare à Bamako, accentuant les difficultés des ménages.
Les autorités tentent de rassurer, la population reste méfiante
Lors d’une conférence de presse, le directeur adjoint de la DGCC, Soumaïla Djitteye, a assuré que « la situation s’améliorera dans les prochains jours », affirmant que le pays dispose désormais de réserves suffisantes pour plusieurs jours.
De son côté, le PDG de l’OMAP, Modibo Gouro Diall, a nié toute pénurie dans le district de Bamako. Un discours qui contraste avec la réalité : files interminables, stations fermées et prix officieux atteignant 2 500 F CFA le litre, contre 775 F CFA habituellement.
Le Premier ministre de transition, le général Abdoulaye Maïga, a réuni un comité interministériel de gestion de crise, chargé de renforcer la surveillance des stations, d’assurer le respect des prix et de planifier la construction de nouveaux dépôts régionaux.
Une dépendance structurelle à repenser
Cette crise énergétique met en lumière la fragilité du modèle d’approvisionnement malien, fortement dépendant de ses voisins côtiers, notamment la Côte d’Ivoire et le Sénégal.
Si l’arrivée du convoi militaire apporte un répit bienvenu, elle ne règle en rien les causes profondes de la crise : insécurité persistante sur les routes, infrastructures insuffisantes et dépendance énergétique chronique.
À Bamako, le carburant revient lentement dans les stations. Mais pour de nombreux Maliens, la question essentielle demeure : combien de temps avant la prochaine rupture ?
Source: Afrik.Com
Haoua Sangaré
LETJIKAN








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