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Passage de franc CFA à l’ECO : vers une intégration monétaire à géométrie variable ?


Banjul, 30 juillet 2025 – En marge de l’ouverture du premier Forum sur la gouvernance au Sahel (FGS), tenu au Centre international de conférences Sir Dawda Kairaba Jawara, le président gambien Adama Barrow a reçu en audience le président de la Commission de la CEDEAO, S.E. Dr Omar Alieu Touray.

 

Interrogé par la presse sur l’avenir de l’ECO, la future monnaie unique ouest-africaine, le président de la Commission a confirmé l’horizon 2027 comme échéance pour son lancement. Toutefois, aucun calendrier précis n’a été avancé, signe d’une prudence stratégique.

Selon Dr Touray, l’ambition de la CEDEAO demeure celle d’un espace économique plus intégré, plus souverain, et moins dépendant des devises étrangères. Dans cette optique, l’ECO représente un levier important de consolidation de la souveraineté monétaire régionale.

Mais face aux lenteurs observées dans la mise en œuvre des critères de convergence, l’organisation opte désormais pour une approche pragmatique : la monnaie sera lancée avec les États membres prêts à franchir le cap, tandis que ceux qui nécessitent plus de temps bénéficieront d’un accompagnement spécifique.

« L’idée est de lancer la monnaie unique avec ceux qui sont prêts… Ceux qui ont besoin de plus de temps seront soutenus », a déclaré Dr Touray.

Cette flexibilité vise à éviter de nouveaux blocages, tout en maintenant l’inclusivité du processus. L’objectif reste que l’ensemble des États membres remplissent, d’ici 2027, les conditions fixées par les experts pour garantir la viabilité de la nouvelle monnaie.

Rappelons qu’à l’issue de leur 66ᵉ session ordinaire tenue à Abuja en décembre 2024, les chefs d’État de la CEDEAO avaient validé un ensemble de critères rigoureux pour déterminer les premiers pays éligibles à l’adoption de l’ECO, tout en posant les jalons pour l’opérationnalisation des institutions financières régionales qui en assureront la gestion.

Quel avenir pour les relations entre la CEDEAO et les pays de l’AES ?

La question du passage à l’ECO ne peut être abordée sans considérer les évolutions géopolitiques récentes, notamment le retrait officiel du Mali, du Burkina Faso et du Niger — membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) — de la CEDEAO, annoncé le 29 janvier 2025.

Cette décision faisait suite aux sanctions imposées à ces pays par l’organisation régionale, notamment après le coup d’État survenu au Niger en juillet 2023. Elle a profondément affecté leur participation aux initiatives régionales, y compris la transition vers l’ECO.

Cependant, les trois pays de l’AES restent membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui gère le franc CFA — la même monnaie que plusieurs États de la CEDEAO. Ce lien économique, bien que fragilisé politiquement, demeure crucial.

La mise en circulation de l’ECO soulève donc des interrogations sur les futures relations monétaires et financières entre la CEDEAO et l’AES. Ces pays seront-ils intégrés dans u second temps ? Choisiront ils une voie monétaire autonome ? Ou préféreront ils rester arrimés au CFA via l’UEMOA, tout en traçant leur propre trajectoire géopolitique ?

Autant de questions qui s’ajoutent à la complexité d’un processus monétaire inédit, dans un contexte de recomposition politique accélérée en Afrique de l’Ouest. L’année 2027 s’annonce ainsi comme un tournant décisif pour l’avenir de l’intégration monétaire régionale, mais aussi pour la redéfinition des rapports entre institutions ouest-africaines et États souverains en quête de nouveaux équilibres.

Source info matin

Haoua Sangaré

LETJIKAN

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