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Relations Mali–Algérie : un tournant diplomatique et stratégique


Les relations entre Bamako et Alger connaissent, depuis plusieurs mois, une phase de tensions inédites. Dans les milieux diplomatiques, le ton a sensiblement changé et les échanges publics témoignent d’un repositionnement assumé de la diplomatie malienne face à son voisin du Nord.

Une médiation aujourd’hui contestée

Longtemps présentée comme un acteur central dans le règlement de la crise malienne, l’Algérie voit aujourd’hui sa médiation critiquée par certaines autorités à Bamako. Celles-ci reprochent à Alger une posture jugée ambivalente, voire contraire aux intérêts maliens.

Les déclarations du président algérien Abdelmadjid Tebboune visant certaines personnalités maliennes, dont le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop et l’ancien Premier ministre Abdoulaye Maïga, ont contribué à tendre davantage les relations entre les deux pays. Les autorités maliennes estiment que ces prises de position ne correspondent plus au cadre de coopération qu’elles souhaitent privilégier.

Un rappel historique mis en avant par Bamako

Pour justifier cette inflexion diplomatique, le Mali met en avant son rôle durant la guerre d’indépendance algérienne. Entre 1958 et 1962, Bamako avait apporté un soutien politique et logistique au Front de Libération Nationale (FLN). Cet épisode est aujourd’hui régulièrement cité par des responsables maliens afin de relativiser l’idée selon laquelle le Mali serait redevable envers l’Algérie.

Pour eux, la coopération bilatérale s’est construite sur la réciprocité et non sur une logique de subordination.

La controverse autour des bourses d’études

Un autre point de friction concerne les bourses d’études accordées par Alger à des étudiants maliens. Bamako reproche à l’Algérie d’avoir, à certaines périodes, associé des groupes armés signataires de l’Accord de 2015 — notamment la CMA — au processus de répartition de ces places universitaires, leur conférant de fait un statut comparable à celui de l’État.

Cette pratique a été dénoncée par les autorités maliennes comme contraire au principe de souveraineté, certains responsables évoquant des cas de clientélisme et des tensions sociales liées au contrôle des quotas.

Un repositionnement stratégique du Mali

Depuis la reprise de Kidal en novembre 2023 et le renforcement du discours souverainiste, Bamako affirme diversifier ses partenariats internationaux. Ce repositionnement se traduit notamment par un rapprochement avec Moscou, ainsi que par un intérêt marqué pour certaines initiatives proposées par Rabat, dont le projet d’ouverture sur l’Atlantique.

Les autorités maliennes présentent cette évolution comme une transition entre une coopération jugée « tutélaire » et une diplomatie dite « pleinement souveraine ».

Une relation à redéfinir

Si le dialogue diplomatique entre les deux pays n’est pas rompu, la période actuelle confirme une reconfiguration profonde des rapports bilatéraux. Pour les observateurs, cette séquence marque probablement la fin d’un cycle entamé en 2012 lors du déclenchement de la crise sécuritaire au Nord du Mali.

L’enjeu désormais sera de déterminer si Alger et Bamako parviendront à redéfinir une coopération compatible avec leurs intérêts respectifs dans un contexte régional en pleine mutation.

 

Haoua SANGARÉ

LETJIKAN


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