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Rwanda – M23 : une reconnaissance qui rebat les cartes dans le conflit à l’Est de la RDC


Le Rwanda a publiquement admis une collaboration avec le mouvement rebelle congolais M23 (également désigné AFC/M23), par la voix de son ambassadrice aux États-Unis. Une déclaration inattendue, alors que Kigali avait toujours nié tout lien avec ce groupe actif dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette évolution a suscité de nombreuses réactions, notamment celle de l’avocat et militant congolais des droits humains, Martin Milolo Nsenda, interrogé par Afrik.com.

Une reconnaissance sous pression diplomatique américaine

Cette prise de position a eu lieu lors d’un briefing devant une sous-commission du Congrès américain, dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord de Washington signé le 4 décembre 2025 entre les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, sous médiation du président américain Donald Trump.

Pour Martin Milolo Nsenda, l’intervention américaine a joué un rôle déterminant :

« Le Rwanda a été mis devant le fait accompli pour reconnaître officiellement sa collaboration avec l’AFC/M23 », estime-t-il, rappelant que Washington avait déjà sollicité le retrait du groupe rebelle de la ville d’Uvira.

Selon lui, cette reconnaissance marque la fin de la stratégie de déni adoptée par Kigali depuis plusieurs années.

Pourquoi reconnaître maintenant ?

Interrogé sur le timing, l’avocat évoque un contexte international défavorable au Rwanda :

« Le Rwanda a compris que les signes du temps ne lui étaient plus favorables, surtout avec le Président Trump », explique-t-il.

Milolo estime que Kigali a opté pour la transparence afin de préserver ses intérêts, après avoir accepté la médiation américaine — un geste interprété comme un signe de changement.

Une justification jugée insuffisante

L’ambassadrice rwandaise a défendu la collaboration avec le M23 en évoquant une « coordination sécuritaire » visant à protéger les Tutsi en RDC contre les FDLR et d’autres milices. Une justification que Milolo juge peu convaincante :

« C’est une diversion pour sauver la face. La vraie justification n’a pas été donnée : le pillage des ressources minières congolaises », affirme-t-il, accusant Kigali d’utiliser des groupes armés pour maintenir une instabilité profitable.

 

Il conteste également l’argument sécuritaire autour des FDLR, affirmant que leur présence est « instrumentalisée » par Kigali.

Réactions et implications pour la RDC

Pour Milolo, cette reconnaissance constitue un tournant politique :

« Le gouvernement congolais y voit la victoire de sa diplomatie », analyse-t-il.

Selon lui, cette admission affaiblit la légitimité du M23 et renforce la position de Kinshasa dans de potentielles négociations futures. Toutefois, il précise que les citoyens congolais restent prudents tant qu’aucun changement concret n’est observé sur le terrain.

Vers un rôle renforcé des États-Unis ?

Sur les implications géopolitiques, l’avocat estime que la déclaration du Rwanda ouvre plusieurs perspectives :

« Le Rwanda reconnaît son agression contre le Congo officiellement, et le Congo a maintenant une raison unanimement reconnue de se défendre », affirme-t-il.

Il considère que les États-Unis deviennent des acteurs incontournables dans une résolution durable du conflit, la médiation de Donald Trump ayant déjà produit des avancées inédites.

Cependant, il nuance :

« Pour que la reconnaissance soit effectivement un tournant, il faut que les États-Unis aient la volonté politique de soutenir la RDC. Autrement, rien ne changera concrètement. »

En résumé, la reconnaissance par Kigali de son lien avec le M23 constitue un développement diplomatique majeur dans le dossier du conflit à l’Est de la RDC, susceptible de modifier les équilibres régionaux et de renforcer l’implication américaine dans la recherche d’une issue politique.

 

Source : Afrik.Com

 

Haoua SANGARÉ

LETJIKAN


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