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Sahara occidental : l’approche stratégique américaine pourrait rebattre les cartes du dossier d’autodétermination


Alors que Massad Boulos, conseiller principal de Donald Trump pour l’Afrique et le Moyen-Orient, entame une tournée en Afrique du Nord, le dossier du Sahara occidental semble entrer dans une phase de recomposition géopolitique. La montée en puissance des enjeux liés aux minéraux critiques rebat les cartes et pourrait conduire Washington à redéfinir son positionnement sur l’autonomie sahraouie.

La visite de Boulos à Alger, mardi 27 janvier 2026, intervient dans un contexte où l’administration Trump affirme une lecture plus transactionnelle du dossier saharien. Si Washington qualifie depuis plusieurs années le plan d’autonomie marocain présenté en 2007 de « sérieux, crédible et réaliste », une interrogation majeure demeure : le Maroc dispose-t-il d’un plan concret et opérationnel ?

Un plan d’autonomie resté au stade déclaratif

 Près de vingt ans après la présentation par Rabat de son « Initiative pour la négociation d’un statut d’autonomie de la région du Sahara » devant les Nations unies, aucun cadre juridique détaillé n’a vu le jour. Le document de 2007 se limite à 35 points de principes généraux sans précision sur les institutions, les pouvoirs effectifs ni la gestion des ressources naturelles.

Selon plusieurs analyses, cette ambiguïté a permis au Maroc de rallier des soutiens internationaux sur un projet dont les contours demeurent flous. Une approche jugée compatible avec le statu quo diplomatique mais susceptible de poser problème à une administration américaine davantage centrée sur les résultats concrets.

Le Middle East Institute estimait déjà que « la reconnaissance de l’autonomie comme principe de droit international repose sur des bases fragiles » en l’absence de mécanismes de mise en œuvre. De leur côté, l’Algérie et le Front Polisario considèrent depuis longtemps la proposition marocaine comme une initiative dépourvue de substance réelle.

Le poids de la régionalisation marocaine

L’expérience de la « régionalisation avancée » au Maroc renforce la critique. Bien que consacrée par la Constitution de 2011, cette politique ne confère ni souveraineté fiscale ni contrôle effectif sur les ressources stratégiques aux régions. Dans les territoires sahraouis, ce modèle se traduit par une administration centralisée et une économie orientée vers l’exploitation des ressources naturelles, notamment le phosphate.

Des analystes notent également qu’une véritable autonomie au Sahara occidental créerait un précédent susceptible d’alimenter d’autres revendications régionales, notamment dans le Rif, ce qui contribue à expliquer l’absence de plan détaillé côté marocain.

Le facteur Trump : logique transactionnelle et minéraux critiques

L’approche de Donald Trump rompt avec les administrations précédentes, en privilégiant les accords rapides plutôt que la gestion de processus diplomatiques de long terme. L’ancien président avait même évoqué la possibilité d’un accord de paix maroco-algérien en 60 jours, un objectif resté sans suite.

Dans le même temps, l’administration américaine place désormais la sécurité d’approvisionnement en minéraux critiques au centre de sa stratégie industrielle. Les investissements massifs récents dans les terres rares, le lithium et les minerais stratégiques illustrent cette orientation, tout comme les accords bilatéraux signés depuis 2024.

Le Sahara occidental s’inscrit dans cette dynamique. Le territoire dispose de vastes réserves de phosphates (notamment à Bou Craa) et de gisements potentiels en terres rares, titane, zirconium, vanadium ou uranium. Une étude géologique russe avait mis en évidence des concentrations élevées d’éléments stratégiques dans la région de Tiris.

Pour Washington, la réduction de la dépendance vis-à-vis de la Chine dans les minéraux critiques constitue un argument stratégique pouvant influencer son approche du dossier saharien.

Une « troisième voie » autour d’une autonomie effective ?

Face au manque d’avancées du projet marocain, certains analystes évoquent la possibilité que Washington impose sa propre vision d’une autonomie « réelle » pour le Sahara occidental, combinant contrôle des ressources, garanties internationales et gouvernance locale.

Ce scénario rejoindrait en partie les revendications du Front Polisario, qui conditionne sa participation à une solution d’autonomie à un référendum d’autodétermination et à des garanties institutionnelles solides.

Un tel dispositif pourrait comprendre :

un contrôle sahraoui effectif sur les ressources naturelles ;

la possibilité de conclure des partenariats économiques indépendants ;

des garanties internationales de mise en œuvre ;

un système judiciaire et législatif propre.

La Société américaine de financement du développement international (DFC) a déjà manifesté son intérêt pour des investissements pouvant atteindre 5 milliards de dollars dans les secteurs minier et énergétique de la région, sous réserve d’un cadre juridique sécurisé.

Le rôle central de l’Algérie

Le choix d’Alger comme première étape du déplacement de Boulos souligne une réalité géopolitique désormais admise à Washington : aucune solution durable au Sahara occidental ne peut être obtenue sans l’Algérie.

Alger défend depuis 50 ans le droit des Sahraouis à l’autodétermination, au nom des principes de décolonisation. Une constance aujourd’hui perçue comme un facteur de stabilité diplomatique.

La présence simultanée à Alger du secrétaire exécutif de la

Commission économique pour l’Afrique (CEA), Claver Gatete, renforce l’hypothèse d’une coordination accrue entre Washington et les Nations unies.

Vers un basculement historique ?

Pour le Front Polisario, une évolution de la position américaine constituerait une reconnaissance tardive de la légitimité de son combat. Le mouvement indépendantiste se dit ouvert à un plan d’autonomie soumis à référendum, tout en dénonçant l’intransigeance marocaine sur cette question.

Si Washington pousse vers une solution mixte — autonomie substantielle, contrôle des ressources, garanties internationales — chaque acteur pourrait y trouver un intérêt stratégique :

le Maroc conserverait un rôle politique ;

l’Algérie obtiendrait la reconnaissance du principe d’autodétermination ;

les Sahraouis bénéficieraient d’un autogouvernement réel ;

les États-Unis accéderaient à des ressources stratégiques.

Alors que Massad Boulos poursuit sa tournée régionale, l’enjeu n’est plus seulement de résoudre un conflit de décolonisation vieux de 50 ans, mais de savoir si la solution servira une autonomie symbolique ou une autodétermination véritable — et dans quelle mesure les intérêts miniers américains pèseront sur l’issue.

 

Source: Afrik.Com

 

Haoua SANGARÉ

LETJIKAN


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