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Crise en Guinée-Bissau : la CEDEAO face aux limites de sa médiation


Alors que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) avait été saluée pour sa fermeté dans la gestion de la crise politique au Bénin, son incapacité actuelle à infléchir la position des autorités militaires en Guinée-Bissau interroge. La suspension du processus électoral et le blocage institutionnel dans ce pays relèvent une nouvelle fois les difficultés structurelles de l’organisation sous-régionale à s’imposer sur le long terme.

Il y a quelques mois, de nombreux observateurs de la géopolitique ouest-africaine voyaient dans l’intervention énergique de la CEDEAO au Bénin un signal fort de sa volonté de mettre fin aux ruptures constitutionnelles et aux prises de pouvoir par la force. Mais l’élan semble aujourd’hui retombé. Sur le dossier guinéen-bissau-guinéen, l’organisation est critiquée pour ses hésitations, son manque de leadership et sa difficulté à obtenir des concessions des autorités militaires en place.

Depuis le coup d’État survenu 48 heures avant la proclamation des résultats du scrutin présidentiel du 23 novembre 2025 — résultats qui, sur la base de plus de 80 % du dépouillement, donnaient l’avantage au candidat de l’opposition Fernando Dias — la CEDEAO peine à faire progresser le retour à l’ordre constitutionnel. Si une délégation ministérielle sénégalaise a obtenu la libération de six personnalités de l’opposition, le geste reste jugé insuffisant. L’opposant Domingo Simões Pereira demeure détenu et Fernando Dias, qui revendique sa victoire, est quant à lui réfugié à l’ambassade du Nigéria à Bissau.

Une nouvelle tentative de médiation a été engagée par le Président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, mandaté par la CEDEAO, aux côtés de Julius Maada Bio, Président de la Sierra Leone et président en exercice de l’organisation. Malgré leurs efforts, aucune avancée majeure n’a été enregistrée. Les autorités militaires, perçues comme inflexibles, continuent de contrôler l’appareil d’État et maintiennent une stratégie de résistance face aux pressions régionales.

Cette situation pose une question centrale : que fera la CEDEAO si les autorités militaires bissau-guinéennes refusent d’appliquer les décisions adoptées lors de la 68ᵉ session ordinaire des chefs d’État et de gouvernement, tenue le 14 décembre 2025 à Abuja ? Les précédents dans la sous-région, marqués par des retraits ou menaces de retrait de certains pays, semblent offrir un modèle pouvant inspirer Bissau, au risque d’un isolement diplomatique accru.

Face à ce scénario, l’organisation sous-régionale est placée devant l’urgence de trouver une solution crédible et rapide pour éviter l’enlisement de la crise et préserver son rôle dans la stabilité régionale. L’issue de la médiation dépendra autant de la capacité de la CEDEAO à s’affirmer que de la volonté des autorités militaires bissau-guinéennes d’engager un dialogue politique réel.

 

Haoua SANGARÉ

LETJIKAN

 

 


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