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Détournements de fonds publics : quand l’enrichissement illicite freine le développement du Mali


Malgré des ressources budgétaires limitées et une situation économique fragile, le Mali fait face à un paradoxe préoccupant : une partie de ses élites administratives et militaires figure parmi les grands propriétaires immobiliers de la sous-région ouest-africaine. Une réalité qui relance le débat sur l’ampleur des détournements de fonds publics et leurs conséquences sur le développement national.

Selon plusieurs analyses économiques et rapports institutionnels, les ressources détournées par des fonctionnaires et militaires indélicats sont souvent investies dans la construction d’immeubles, le placement de capitaux dans des banques étrangères ou l’acquisition de parts dans des sociétés et établissements financiers, parfois hors du pays. Ces pratiques soulèvent une question centrale : à qui profitent réellement ces fonds publics soustraits au budget de l’État ?

Pour de nombreux observateurs, ces richesses bénéficient principalement à de hauts commis de l’État, souvent au détriment de l’intérêt général. L’argument selon lequel ces avoirs serviraient à assurer l’avenir des familles est régulièrement remis en cause. En effet, l’impact social de la corruption se traduit par un blocage des opportunités économiques et professionnelles pour plusieurs générations de jeunes Maliens, limitant leur accès à l’emploi, à la formation et à l’entrepreneuriat.

Sur le plan macroéconomique, le Mali évolue depuis plus de cinquante ans dans un cadre budgétaire déficitaire et figure parmi les Pays pauvres très endettés (PPTE). Le Fonds monétaire international (FMI) estime que les pays en développement ont placé à l’étranger des milliards de dollars issus de la fuite des capitaux, notamment ceux accumulés par d’anciens dirigeants et responsables publics. Cette évasion financière affecte particulièrement les États qui peinent à honorer leurs engagements en matière de remboursement de la dette.

Des économistes qualifient ces systèmes de gouvernance de « kleptocraties », caractérisées par l’appropriation des ressources publiques par une minorité. Des organisations non gouvernementales (ONG) ont récemment dénoncé l’ampleur de cette fuite de capitaux, s’interrogeant sur l’efficacité de l’aide internationale lorsque des montants considérables sont détournés de leur vocation initiale.

Au Mali, les malversations financières et le détournement de deniers publics ternissent durablement l’image de la fonction publique. Les rapports des structures de contrôle sont éloquents. La Cellule d’appui aux structures de contrôle de l’Administration (CASCA) indiquait, dans son rapport 2005-2006, que 48 dossiers sur 176 examinés présentaient des irrégularités suffisamment graves pour être transmis à la justice.

Plus récemment, le procureur général près la Cour suprême a révélé que près de 80 milliards de francs CFA auraient été détournés des caisses de l’État entre 2020 et 2023, confirmant l’ampleur du phénomène.

Au-delà des chiffres, cette situation trahit les aspirations profondes du peuple malien. Les citoyens qui se sont mobilisés pour l’avènement de la démocratie ne réclamaient pas seulement des libertés politiques, mais aussi une amélioration tangible de leurs conditions de vie. La lutte contre la corruption apparaît ainsi comme un enjeu central pour restaurer la confiance, relancer le développement et garantir un avenir plus équitable aux générations futures.

 

Source : Bamako bamada

 

Haoua SANGARÉ

 LETJIKAN

 


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