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Sommet de l’UA à Addis-Abeba : la RASD porte la question vitale de l’eau au cœur de l’Agenda 2063

  • il y a 1 jour
  • 3 min de lecture

Membre de l’Union africaine depuis 1982, la République arabe sahraouie démocratique (RASD) a pris part au 39ᵉ Sommet de l’UA, tenu les 14 et 15 février 2026 à Addis-Abeba, consacré à l’eau et à l’assainissement. Pour un peuple dont près de 173 000 réfugiés survivent depuis des décennies dans le désert avec moins de vingt litres d’eau par jour, le thème retenu pour l’année 2026 revêt une dimension profondément existentielle.

Placée sous le thème « Assurer une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 », cette rencontre intervient dans un contexte continental alarmant : plus de 400 millions d’Africains demeurent privés d’un accès sécurisé à l’eau potable. Dans ce cadre, la participation de la RASD illustre une triple réalité : celle d’un État membre à part entière de l’UA, celle d’un peuple confronté à une crise hydrique chronique, et celle d’un territoire dont les ressources naturelles sont exploitées sans le consentement de sa population.

Une présence politique affirmée

Contrairement aux tentatives de marginalisation diplomatique, la RASD demeure un membre de plein droit de l’Union africaine depuis son admission en 1982, avec voix et vote dans toutes les instances de l’organisation panafricaine. Cette reconnaissance avait conduit le Maroc à se retirer de l’UA, avant de réintégrer l’organisation en 2017 sans obtenir l’exclusion de la RASD, actant de facto la coexistence des deux États au sein de l’institution.

La délégation sahraouie présente à Addis-Abeba était conduite par le président Brahim Ghali, accompagné du ministre de l’Eau et de l’Environnement, engagé dans les réunions sectorielles sur la gestion hydrique, et du ministre des Affaires étrangères, participant à la 48ᵉ session du Conseil exécutif. Cette présence constante, du Comité des représentants permanents jusqu’au sommet des chefs d’État, rappelle que la décolonisation du Sahara occidental, toujours inscrit sur la liste onusienne des territoires non autonomes, reste une question non résolue.

L’eau, une urgence humanitaire dans les camps

Pour les Sahraouis, la question de l’eau n’est pas un simple enjeu de développement, mais une lutte quotidienne pour la survie. Environ 173 000 réfugiés vivent depuis près de cinquante ans dans cinq camps installés dans la hamada de Tindouf, au sud-ouest de l’Algérie, l’une des régions les plus arides au monde.

 

Les températures y dépassent fréquemment les 50 degrés et les précipitations sont quasi inexistantes. L’eau disponible, issue d’aquifères profonds, présente des concentrations élevées en sel, fluorure et iode. Malgré la mise en place d’unités de désalinisation, notamment avec le soutien de l’Union européenne, l’allocation quotidienne oscille entre 14 et 17 litres par personne, bien en dessous des normes minimales recommandées par l’Organisation mondiale de la santé.

Les conséquences sanitaires sont lourdes : près de 28 % de la population souffre de malnutrition chronique, plus de la moitié des femmes en âge de procréer sont anémiques, et la dépendance à l’aide humanitaire atteint 94 %. Les agences onusiennes parlent désormais d’une « crise oubliée ».

Le paradoxe des richesses du Sahara occidental

Cette situation humanitaire contraste fortement avec le potentiel économique et naturel du Sahara occidental. Le territoire recèle d’importantes réserves de phosphates, des ressources halieutiques parmi les plus riches de l’Atlantique, un potentiel solaire et éolien considérable, ainsi que des nappes phréatiques plus accessibles que celles de la région de Tindouf.

Or, environ 75 % de ce territoire est contrôlé par le Maroc depuis 1975. Selon l’avis juridique Corell rendu en 2002, toute exploitation des ressources naturelles du Sahara occidental sans le respect des intérêts et du consentement du peuple sahraoui constitue une violation du droit international. Cette position a été réaffirmée à plusieurs reprises par la Cour de justice de l’Union européenne, qui considère le Sahara occidental comme un territoire « distinct et séparé » du Maroc.

Pendant que des projets agricoles intensifs, des parcs éoliens et solaires se développent autour de Dakhla, et que Rabat étend son contrôle sur les eaux territoriales du Sahara occidental, les Sahraouis continuent de survivre dans des camps dépendants de l’aide internationale.

Une question africaine et une exigence de justice

En participant aux travaux du Sommet de l’UA sur l’eau et l’assainissement, la RASD rappelle que le conflit du Sahara occidental est avant tout une question africaine, mais aussi un enjeu de justice environnementale. À l’heure où le continent affirme sa volonté de faire de l’eau un bien collectif à protéger, il devient difficile d’ignorer qu’un peuple entier demeure privé de l’accès aux ressources de son propre territoire.

Tant que le Sahara occidental restera sous occupation et que ses habitants vivront en exil dans le désert, la promesse d’un accès universel et équitable à l’eau en Afrique restera inachevée. À Addis-Abeba, la présence sahraouie n’a pas seulement réaffirmé l’existence d’un État, mais aussi la persistance d’un peuple et d’une cause qui refuse de disparaître.

 

Haoua SANGARÉ

LETJIKAN


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