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Affaire Moussa Mara : que gagne la transition malienne ?

Moussa Mara
Moussa Mara

Bamako, 6 août 2025 – L’ancien Premier ministre Moussa Mara a été placé sous mandat de dépôt à la Maison centrale d’arrêt de Bamako, le 1er août 2025, à la suite d’un tweet publié un mois plus tôt, le 4 juillet. Il est poursuivi pour quatre chefs d’inculpation : atteinte au crédit de l’État, opposition à l’autorité légitime, incitation au trouble à l’ordre public et diffusion de fausses nouvelles attribuées à des tiers dans l’intention de troubler la paix publique.

Cette affaire, désormais emblématique de la tension entre pouvoir politique et liberté d’expression au Mali, soulève des interrogations quant aux motivations de la transition et aux gains stratégiques qu’elle pourrait en tirer.

 

Un tweet aux lourdes conséquences

Dans le message incriminé, Moussa Mara exprimait publiquement son soutien à Ras Bath et à Rose Vie Chère, deux figures incarcérées, après leur visite en prison. Le parquet du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité considère que ce tweet viole plusieurs dispositions de la loi malienne sur la cybercriminalité.

En vertu de cette législation, toute atteinte au crédit de l’État par voie numérique est passible d’une peine d’un à cinq ans d’emprisonnement, assortie d’une amende pouvant aller jusqu’à 5 millions de FCFA, voire plus en cas de circonstances aggravantes, telles qu’une menace perçue à la sécurité nationale.

Une cible politique de poids

Moussa Mara, chef du gouvernement entre 2014 et 2015 et ex-président du parti Yelema (dissous), est perçu comme une voix influente et critique, capable de mobiliser une partie de l’opinion publique. S’il avait initialement soutenu la transition, ses récentes prises de position — notamment sur la gestion de la dette intérieure et les levées de fonds à taux élevés — ont progressivement fait de lui un opposant modéré, mais redouté.

Dans un contexte marqué par une crise économique persistante, une inquiétude sécuritaire croissante et des libertés civiques en recul, sa capacité à articuler des critiques argumentées et à rassembler un soutien transversal, notamment parmi les jeunes, les femmes rurales et les intellectuels urbains, pourrait représenter une menace politique potentielle pour les autorités de la transition.

Consolidation du pouvoir : trois axes stratégiques


1. Neutralisation d’un adversaire influent

La mise en détention de Moussa Mara intervient dans un climat où la dissolution des partis politiques a désorganisé l’opposition. Dans ce vide politique, des figures individuelles restent des points de ralliement potentiels. Son arrestation vise donc à empêcher l’émergence d’une opposition structurée, tout en donnant une apparence de légalité à l’opération grâce au recours aux lois sur la cybercriminalité.

2. Effet dissuasif sur les voix critiques

Le message est clair : aucune personnalité, même ancienne alliée du pouvoir, n’est à l’abri. L’arrestation de Moussa Mara, précédée d’une interdiction de voyager le 21 juillet dernier, s’inscrit dans une stratégie d’intimidation généralisée visant les acteurs politiques, les militants de la société civile, les journalistes et les internautes.


3. Contrôle renforcé de l’espace numérique

Les réseaux sociaux sont aujourd’hui le principal espace de débat public au Mali. Face à une presse traditionnelle sous contrainte, les plateformes numériques offrent un espace libre d’expression que les autorités cherchent désormais à réguler. En ciblant Mara via le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité (créé en 2022), le gouvernement de transition tente de restreindre la portée des critiques et de maîtriser le narratif officiel. Cette dynamique s’inscrit dans une tendance régionale observée dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.

 

Une affaire au-delà du judiciaire

L’affaire Moussa Mara dépasse le cadre judiciaire pour s’inscrire dans une reconfiguration politique plus large, où la lutte contre la cybercriminalité sert aussi d’instrument de contrôle politique. Pour les autorités, cet épisode est peut-être une tentative de démonstration de force. Reste à savoir si cette stratégie renforcera durablement leur légitimité, ou au contraire, alimentera un ressentiment latent au sein d’une population en quête de stabilité, de transparence et de liberté.


Haoua Sangaré

LETJIKAN

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