Conflit au Soudan : le Premier ministre en quête d’une relance diplomatique à l’ONU
- Amadou Diallo
- 24 déc. 2025
- 3 min de lecture

Alors que la guerre au Soudan entre dans sa troisième année, sans perspective claire de sortie de crise, le Premier ministre Kamil Idris a entamé une visite à New York afin de s’entretenir avec le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. En poste depuis mai 2025, le chef du gouvernement soudanais cherche à raviver une dynamique diplomatique alors que le conflit a déjà fait plus de 150 000 morts et provoqué le déplacement de millions de personnes.
Au centre des discussions annoncées figurent la possibilité d’un cessez-le-feu et l’ouverture de couloirs humanitaires, destinés à soulager une population civile prise au piège des combats. Ces échanges interviennent dans un contexte d’enlisement des médiations internationales et de détérioration continue de la situation sécuritaire sur le terrain.
Une guerre qui s’étend au-delà du Darfour
Près de deux mois après la prise d’El-Fasher, capitale du Darfour du Nord, par les Forces de soutien rapide (FSR) le 26 octobre dernier, les violences ne montrent aucun signe d’accalmie. Au contraire, elles se propagent vers d’autres régions, notamment le Kordofan, dans le sud du pays.
Des organisations internationales font état de graves exactions commises lors de l’offensive sur El-Fasher, évoquant des massacres de civils, des violences sexuelles et des pillages, malgré les appels répétés de la communauté internationale à une trêve. Cette dynamique alimente les craintes d’un embrasement régional et accentue l’urgence humanitaire, que les Nations unies qualifient déjà de « pire crise humanitaire au monde ».
Les Émirats arabes unis au cœur des tensions diplomatiques
Sur le plan international, le dossier soudanais est également marqué par de vives tensions diplomatiques. Les autorités de Khartoum accusent les Émirats arabes unis de soutenir militairement les FSR. Plusieurs enquêtes menées par l’ONU et Amnesty International évoquent des vols cargo transportant du matériel militaire via le Tchad et la Libye.
Abou Dhabi rejette fermement ces accusations, affirmant concentrer son action sur l’aide humanitaire. La rupture des relations diplomatiques entre le Soudan et les Émirats, ainsi que le dépôt d’une plainte devant la Cour internationale de justice pour complicité de génocide, ont toutefois donné au conflit une dimension judiciaire et politique supplémentaire. Aux États-Unis, ces soupçons ont même alimenté des débats au Congrès sur d’éventuelles ventes d’armes aux Émirats.
Une feuille de route conditionnelle
À New York, Kamil Idris doit présenter la position officielle du gouvernement soudanais. Selon Mohamed Abdel Qader, conseiller du Premier ministre, Khartoum se dit disposé à respecter une feuille de route incluant un cessez-le-feu, à condition que les FSR se retirent des villes et des zones qu’elles contrôlent actuellement.
L’objectif affiché est de réduire l’intensité des combats et de permettre l’acheminement sécurisé de l’aide humanitaire. Cette démarche s’inscrit dans la continuité des déclarations récentes d’Antonio Guterres, qui a évoqué la possibilité de discussions avec les deux camps, malgré l’échec des initiatives précédentes menées notamment par le « Quad » — regroupant les États-Unis, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte.
Une attente internationale persistante
Déchiré depuis avril 2023 par un conflit opposant l’armée régulière aux Forces de soutien rapide, le Soudan demeure enlisé dans une guerre aux conséquences humaines et régionales considérables. La visite du Premier ministre soudanais aux Nations unies apparaît comme une tentative de relancer une diplomatie en perte de vitesse.
Reste à savoir si cette initiative permettra de transformer les engagements diplomatiques en avancées concrètes sur le terrain, alors que, pour des millions de civils, l’urgence humanitaire continue de s’aggraver jour après jour.
Haoua SANGARÉ
LETJIKAN








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