ESCLAVAGE PAR ASCENDANCE AU MALI Le cri de colère des organisations de défense des droits humains
- journaletjikan
- 3 déc. 2021
- 4 min de lecture

L’esclavage par ascendance est un phénomène récurent au Mali. Il a comme conséquence des violations graves des droits de l’Homme. Chose qui entrave la paix et la cohésion sociale, tant recherchées dans notre pays. Des associations de défense des droits de l’Homme continuent d’œuvrer pour son éradication. C’est dans ce cadre que le Mouvement pour la sauvegarde des droits de l'Homme a organisé une conférence débat, jeudi 2 décembre, sur le Thème : « L’esclavage par ascendance au Mali, un frein pour la paix et la cohésion sociale ». Elle s’inscrit dans le cadre de sa 2ème édition commémorant la Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage, célébré le 2 décembre de chaque année.
Durant la cérémonie, Salif Fofana n’a pas caché sa colère face aux gens qui rendent difficile leur tâche. Malgré cela, les associations de défense des droits de l’Homme ne décolèrent pas. Au contraire, ils encouragent ceux qui veulent s’affranchir. A l’en croire, pendant qu’ils se battent, certains présumés esclaves se mobilisaient en intronisant le roi des esclaves à Dièma, en 2019.
Pour Salif Fofana, représentant d’Amnesty Mali, le respect symbolique des traditions et des coutumes est devenu l’esclavage par ascendance au Mali, particulièrement dans la région de Kayes. Comment cette pratique se manifeste ? À ses dires, il y a d’abord deux communautés, les prétendus nobles et les esclaves présumés. Ces ‘’nobles’’ ont deux méthodes : la non violentes et la violente. La non-violente consiste à faire marquer sur la psychologie des ‘’esclaves’’ en les privant des ressources naturelles et autres. Et la méthode violente qui consiste à leur retirer les champs agricoles et autres. Ils utilisent ces deux méthodes pour étendre leur pratique dans la région.
D’après lui, ces victimes ont besoins de l’assistance et la protection. Et il a rappelé qu’en 2001, une loi a été adoptée et qui a mis en place un système d’assistance judiciaire, administré par les assistants judiciaires auprès des cours et tribunaux. Et il estime que le tribunal de la grande instance de Kayes a urgemment besoin de ce système.
« Je plaide pour que d’ici à la fin de l’année, un bureau d’assistance judiciaire soit auprès du tribunal de la grande instance de Kayes. Chose qui aidera à faciliter l’accès des victimes à la justice et le travail du procureur », a-t-il interpelé.
En attendant l’adoption d’une loi spécifique, ou d’autres mesures d’évaluer les résultats des deux lettres circulaires, il a rappelé l’existence d’un protocole entre les deux communautés, qu’il faut prendre en compte.
Concernant les deux observations faites par Fofana, le représentant du ministre de la Justice, Garde des Sceaux dira qu’ils vont s’atteler dans les prochains jours pour donner satisfaction quant à l’installation du bureau d’assistance judiciaire au niveau du tribunal de Kayes.
Cependant, pour minimiser son impact, le gouvernement a décidé de prendre le phénomène à bras-le-corps depuis le temps de Malick Coulibaly.
En effet, le ministre de la Justice et des Droits de l’homme, Garde des Sceaux, Mamoudou Kassogué, a adressé une lettre circulaire (deuxième du genre) aux procureurs généraux près des cours d’appel, le 11 novembre dernier, sur la nécessité de réprimer l’esclavage par ascendance. Pour le président de la Commission nationale des droits de l’homme (Cndh), Aguibou Bouaré, les nouvelles mesures du ministre Kassogué sont salutaires et à encourager, mais il estime que ce n’est pas suffisant.
« Après l'avoir félicité pour la lettre circulaire instruisant l'exploitation optimale des dispositions du Code pénal dans la lutte contre l'esclavage par ascendance, nous invitons le ministre de la Justice et des Droits de l'Homme à un suivi rigoureux de ses instructions au niveau des procureurs dont certains continuent de nier l'évidence...La protection des droits de l'Homme est une responsabilité partagée », a-t-il souligné.
Briser la chaîne
Pour rappel, le 19 novembre dernier, Mamoudou Kassogué a rencontré les procureurs de République. Il les a exhortés à mener une lutte implacable contre les pratiques de l’esclavage par ascendance, les violences liées aux conflits et la traite des personnes.
A en croire le ministre, dans cette lutte pour la survie, ils doivent se montrer solidaires et engagés. « Nous devons faire en sorte qu’aucun cas de violation des droits ne reste impuni. Il faudra tout judiciariser. Nous avons certaines catégories des dossiers particulièrement sensibles en cette période. C’est la question de l’esclavage par ascendance que nous connaissons dans certaines localités du pays. Où nous assistons à des scènes de violences, de traitements inhumains et dégradants exercés sur certaines personnes parce qu’elles ont refusé d’accepter le statut d’esclave ou ancien esclave. Des gens qui sont chassés des terres qu’ils ont l’habitude de cultiver tout le temps pour leur survie, faisant d’eux des déplacés internes. Des gens qui sont menacés d’apatridie car leurs documents administratifs sont brûlés, leurs greniers aussi », a-t-il rappelé aux procureurs.
Selon Kassogué, c’est un phénomène qui est en train d’impacter négativement l’image du pays, et leur faible action peut être interprétée comme une sorte de soutien à ces entreprises ‘’esclavagistes’’. Donc, il les a exhortés à prendre des dispositions pour que des poursuites soient engagées pour tous les cas de violences physiques et d’atteintes aux biens exercés contre ces personnes en attendant d’avoir une loi beaucoup plus précise, qui prenne en compte la globalité de ce phénomène dans toutes ses manifestations.
Par ailleurs, il a appelé les uns et les autres à faire un net distinguo entre le phénomène et le cousinage à plaisanterie.
«Nous allons initier des formatons afin de faire la part des choses entre ce qui relève du cousinage à plaisanterie et de certaines coutumes qui sont tolérées par notre société et de ces phénomènes vécus comme tels et qui sont inadmissibles. Beaucoup de personnes pensent que ce sont nos coutumes, nous devons les protéger. Il faut faire un net distinguo », a-t-il laissé entendre.
Moussa Sékou Diaby








.jpg)












Commentaires