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Kansala et l’organisation du pouvoir royal, Djibril Tamsir Niane : Dans Histoire des Mandingues...


La nouvelle capitale, Kansala, se trouvait au sud du Pathiana. Le territoire qui l’environnait fut érigé en province appelée Propana ou Pirada, du nom d’un vieux village du Patiana. Le Propana ou Pirada devint la terre commune des trois Maisons du Gabou. Les traditions abondent sur les origines de la ville, mais toutes concordent pour dire que les lieux étaient occupés par un Peul du nom de Sala Kandé. Croyant que les Malinkés en voulaient à ses bœufs, le pasteur décampa, mais le village construit sur les lieux par Nda Mansa Waliba et ses compagnons porta le nom de Kansala, qui signifie « village de Sala ».

La fondation du village fut un grand événement, comme nous l’avons vu plus haut, car ce lieu prédestiné avait été marqué par Tiramaghan lui-même. La ville fut entourée de murailles, mais, capitale d’un vaste royaume, elle ne cessa de s’agrandir. La plupart des nianthio y entretenaient une résidence.

Situé à une vingtaine de kilomètres de la rivière Kayanga, qui se jette dans le Rio Geba, il était entouré de places fortes : au nord la ville de Payonkou dans le Pathiana, l’une des premières forteresses du Gabou ; à l’est la ville de Kankéléfa, capitale de la province de Pakisse ; à l’ouest la forteresse de Bérékolon, capitale du Sankolla. Ainsi, admirablement défendue, Kansala restera inexpugnable jusqu’à l’invasion peule du XIXe siècle.

Le Propana était bordé par les trois provinces nianthio, faisait frontière avec le Manna et le Pakisse, cette position privilégiant en fait tout à la fois le centre politique et géographique du Gabou, au cœur même du Tiramaghanbankou…

Le Manding Mansa maintint son autorité sur les provinces malinkés de l’Ouest jusqu’au début du XVIIe siècle et il était assez puissant pour tenter d’enlever Djenné aux Marocains en 1599, mais, trahi par des généraux, il dut s’incliner devant les fusiliers marocains. Au moment où paraît l’ouvrage de Donelha, Description de la Serra Leoa et des rios de Guinée du Cabo verde, en 1625, la légende d’un empire du Mali aux splendeurs éblouissantes était encore dans les récits des riverains de l’Atlantique et notre auteur capverdien pouvait écrire : « à propos de ce Mandi Mansa, on parle de tant de splendeurs et de richesse que cela paraît chose impossible. Ce que je sais quant à moi, c’est que dans toutes les nations de notre Guinée, qui soient doués de sens et de raison, au seul nom de Mandi Mansa, tout le monde ôte son bonnet ». Mais à cette date, en réalité, une nouvelle puissance s’affirmait déjà sur la côte, le royaume du Gabou. Le farin Cabo, ou gouverneur du Gabou, est devenu le Gabou mansa-ba ; il « est le seigneur de tous les rois mandingues, qui sont nombreux, ainsi que des Jalofos, des Berbecins et divers rois établis du côté du nord », d’après A. Donelha. Les historiens ont souvent douté que le Gaboufarin, ou Gabou mansa-ba, ait dominé effectivement la rive septentrionale de la Gambie et par conséquent imposé son autorité au royaume du Sine et du Saloum. Il faut toutefois rappeler que, à la fin du XIVe siècle et au début du XVe siècle, plusieurs vagues de migrations mandingues parties des confins du Badiar et du Pakisse sont venues renforcer la présence malinké en ces régions et y installer la dynastie des Guélawars, qui avaient exactement les mêmes mythes d’origine.

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